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Conférences bibliques 2004-2005
Sommaire
"Une approche des psaumes" (9)LE PSAUME 22 : SUPPLICATION ET LOUANGE -
Un
hymne de louange : 23 –
32 - au
début nous
repérons au v.2 Loin
de mon salut et au v.3
Tu
ne réponds pas - et
à la fin de cette section,
au v.20, Ne sois pas loin
et au v.22 Tu
m’as répondu.
Ces
bornes indiquent l’enjeu de la supplication : Dieu
est loin et ne répond pas, va-t-il
répondre ? Les
bornes de la deuxième
section
23-32, celle de la
louange, sont claires
aussi : -
au début au v.23 Je
ferai le
récit à
mes frères et en 24 la
descendance
de Jacob -
à la fin au v.31 On
fera le récit
au sujet du
Seigneur
à la descendance
qui
vient. Ici
encore la récurrence donne le
thème : le récit des actions du
Seigneur fait naître la louange des frères du
sauvé et ce récit, transmis aux
générations futures, assurera la permanence de la
louange.
La
supplication se divise à son
tour en deux morceaux, 2-12 et 13-22, de
ton très différent, encadrés par des
inclusions que nous signalerons au
passage. Dans le premier, Dieu n’agit plus, la louange est
interrompue. Dans le
second, le suppliant est cerné et mis à mort. - Dieu n’agit plus (2-12)
2
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi
m’as-tu
abandonné ? (Tu es) Loin de mon salut, c’est à dire tu ne t’approches pas pour me sauver ; « Salut » a un sens très fort que nous pouvons illustrer avec la fin du psaume 91 où le mot salut, dernier mot du psaume, récapitule tous les bienfaits, toutes les délivrances, énumérés dans les v. 14 à 16 : libérer, protéger, être avec lui, délivrer, rassasier de jours ; le salut c’est, pourrions-nous dire, le don et le maintien de la vie. (Loin) des
paroles que je rugis. Rugir
est le
propre du lion et on retrouvera ce verbe au v.14 ; celui qui
s’exprime crie
de toutes ses forces et compare ses cris puissants aux rugissements du
fauve,
il hurle sa souffrance comme une bête. Job dit de
même (3,24) : Pour
pain je n’ai que mes sanglots, ils déferlent comme
l’eau mes rugissements. On pourrait aussi
relier
Loin
de mon salut non pas
à Dieu mais aux paroles rugies, Dieu est loin de mes
cris, et
comprendre alors le second
stique comme le fait la TOB : J’ai
beau rugir mon salut reste loin.
3
Mon Dieu, j’appelle le jour et tu
ne réponds
pas, Le suppliant qui a crié Mon Dieu (El) par deux fois, puis encore Mon Dieu (Elohim) se réfère à l’alliance avec ce Dieu qui lui avait promis de rester proche de lui, de le secourir dans le danger, de l’aider à écraser ses ennemis comme il est dit au Ps 2. Il crie vers lui jour et nuit mais Dieu ne répond pas, il n’obtient que le silence. Pourquoi ?
4
Mais toi, le Saint, toi
qui habites les louanges d’Israël,
5
en toi nos pères ont eu
confiance,
6
Ils
ont crié vers toi et ils échappaient, Le mot Saint proclame la transcendance puis la suite du verset dit que le Très-Haut, le Saint, est en même temps présent au milieu de son peuple quand celui-ci lui chante des hymnes de louange ; l’immanence est affirmée de manière imagée : Tu es assis au milieu de nos louanges. Un passage d’Isaïe (57,15) éclaire, me semble-t-il, ce verset : Je suis haut et saint dans ma demeure mais je suis aussi avec l’homme contrit et humilié…Le Saint est avec ceux qui humblement font monter vers lui leurs hymnes. Notre psaume passe ici de la supplication à la confession de foi car le suppliant auquel Dieu ne répond pas, proclame pourtant que Dieu est présent dans les louanges de son peuple On remarque que la même expression avoir confiance revient trois fois dans les versets 5 et 6. Elle traduit le verbe ‘’batah’’ qui a le sens de faire confiance à quelqu’un, de compter sur quelqu’un (traduction de la TOB dans ces versets), d’espérer (psautier liturgique). On pourrait le traduire par avoir la foi au sens de se fier à quelqu’un. Le verbe et les autres mots formés sur la même racine figurent 182 fois dans l’AT dont 52 dans les psaumes. Nos pères ont eu cette confiance, c’est elle qui les a poussés à se tourner vers toi, à crier vers toi et ils ont été libérés, délivrés. Ces versets évoquent une situation qui revient souvent dans l’Ecriture : le peuple dans le malheur crie vers son Dieu, celui-ci l’entend et le délivre. Ainsi en Egypte (Exode 3,23) les fils d’Israël gémirent du fond de la servitude et crièrent. Leur appel monta vers Dieu du fond de la servitude. Dieu entendit leur plainte… Dieu apparaît alors à Moïse dans le buisson ardent et lui dit qu’il a vu la misère de son peuple et, poursuit-il, Je suis descendu pour le délivrer de la main des Egyptiens. La même séquence revient plusieurs fois dans le livre des Juges (3,9. 6,7. 10,10 etc) quand le peuple, opprimé, se tourne vers Dieu. Le verset 6
se termine par En toi ils ont
eu
confiance et ils n’ont pas été
déçus. Ils
n’ont pas eu honte de la
confiance qu’ils avaient mise en toi. Nous avions
rencontré ce verbe ‘’ avoir
honte’’ dans le psaume 31, aux v.2 et
18. Le vocabulaire de la
honte revient souvent dans les psaumes pour
exprimer la confusion de ceux qui comptent sur des hommes impuissants
ou de
vaines
idoles. En revanche ceux qui
mettent leur confiance dans le Dieu fidèle ne peuvent avoir
honte de ce choix. Et pourtant le suppliant du psaume 22 est dans la honte. Ce passage participe de la louange à Dieu qui est toujours intervenu pour sauver Israël, son peuple, qui le suppliait et c’est en même temps une lamentation : se peut-il que Dieu ait changé ? Les spécialistes relèvent que ces passages de ‘’mémorial’’ (dans lesquels on fait mémoire des actions passées de Dieu) ne se trouvent que dans les Psaumes de supplication collective : voir par exemple le début du Ps.44, le 80, ou encore le 89. Il semble que notre psaume déroge à cette norme et relève à la fois de la supplication individuelle et collective.
7
Mais moi je suis un ver et plus un homme
8
Tous ceux qui me voient se moquent de moi,
9
Il a remis son sort au
Seigneur : qu’il le délivre, Le
mot traduit ici par
‘’opprobre’’ a un sens voisin
du
mot honte et c’est ce qui permet de faire le lien avec le v.
précédent :
nos pères qui comptaient sur toi n’ont pas eu
honte mais moi, qui pourtant
compte sur toi, je suis pour les autres un objet de honte, de
mépris, je ne
suis même plus un homme mais un ver qui se
traîne ; pour rendre l’image,
il faudrait peut-être traduire Je suis
une larve. Et celui qui
n’a plus figure humaine n’est plus
compté parmi
ceux qui descendent des pères, il est exclu.
Le suppliant du v.7 est
proche du Serviteur du Second Isaïe qui, lui non
plus, n’était plus un homme : Les
foules ont été horrifiées à
son
sujet ; à ce point détruite, son
apparence n’était plus celle d’un homme
et son aspect n’était plus celui des fils
d’Adam (Isaïe
52,14). Il était
méprisé, laissé de
côté par les hommes (53,3). Les
autres font plus que le mépriser, ils le raillent, ils
ricanent, ils hochent la tête et ce mouvement est
une forme de sarcasme
comme le montre le psaume 109, 25 : Et
moi je suis devenu pour eux un
opprobre, ils me regardent et hochent la tête ou,
dans une supplication
collective, le psaume 44,15 :
Tu fais de nous la fable des nations et
devant nous les peuples hochent la tête. Ses ennemis vont plus loin encore car l’attitude de confiance en Dieu du malheureux est tournée en dérision, « Que Dieu le sauve ! » raillent-ils ; ils blasphèment en mettant en doute l’amour de Dieu pour son fidèle et sa capacité de le sauver.
10
C’est
toi qui m’as tiré du ventre,
11
J’ai
été jeté sur toi au sortir de la
matrice. Ce rappel du bonheur passé est une louange et elle se termine en confession de foi : Depuis ma naissance « Mon Dieu, c’est toi ! », mon Dieu, qui reprend le « Eli » (El+i) du début du psaume. Ces versets qui, à première vue, semblent jaillis du cœur d’un individu, peuvent être compris aussi comme évoquant la naissance de la nation d’Israël et Rachi les rapproche d’Isaïe 46,3 où Dieu parle à la maison d’Israël : Vous qui depuis le sein maternel êtes pris en charge… Rachi ne cite pas la suite mais, comme il arrive, la partie non citée se révèle la plus significative : Jusqu’à votre vieillesse, moi je resterai tel, jusqu’à vos cheveux blancs, c’est moi qui vous porterai … et qui libérerai. Rachi suggère ainsi que l’appui que le Seigneur a donné au nourrisson, peuple ou individu, il ne cessera pas de le lui donner quand ses cheveux blanchiront, Dieu n’abandonnera pas son enfant. Mais Rachi anticipe car Dieu n’a pas encore libéré.
L’évocation du Dieu sauveur de son peuple, du Dieu père et mère de son enfance, avait permis au suppliant de surmonter un moment le mépris et la solitude mais il reprend conscience que les interventions divines appartiennent au passé lointain de son peuple, à son enfance qui est loin aussi. Le Seigneur reste loin tandis que le danger est là, proche. Si tu restes loin, dit-il à son Dieu, personne ne viendra me soutenir. L’angoisse met à l’étroit, étouffe, étrangle, au sens physique et spirituel. Le suppliant va maintenant décrire le resserrement de ce garrot en décrivant tour à tour les assauts de ses ennemis et les effets de ces attaques sur lui. Nous venons de lire Eli (Mon Dieu) de la fin du v.11 qui répond au double Eli du v.1 et Ne sois pas loin de moi que nous lisons en 12 fait écho au Loin de mon salut de1b. Ces deux reprises forment une inclusion avec le début du psaume et marquent un tournant dans le psaume : le morceau 2-12 se termine ici. Nous pouvons maintenant avoir une vue d’ensemble de cette partie v.2 à 12. Il commence par un cri de supplication violent : Mon Dieu, mon Dieu ! Dieu est loin et n’entend pas les cris du suppliant (1-2). Puis vient une louange en mémorial, pour les actions de Dieu dans le passé. Et pourtant Dieu écoutait la prière des pères : ils avaient confiance et, Toi, tu les délivrais ((4-6). Suit une lamentation sur la honte du suppliant : les autres tournent en dérision sa confiance en Dieu (7-9). Nouvelle louange pour l’action de Dieu à sa naissance : pour la vie reçue et pour son adoption (10-11). Ce
morceau se termine par un nouvel
appel angoissé
(12).
14
Ils ouvrent contre moi leur
gueule,
16
Sec
comme un tesson mon palais Le
supplicié décrit maintenant l’effet
de ces attaques dans son corps. Les organes semblent se
liquéfier et les os qui
font tenir debout menacent de se disloquer, de se
désarticuler. Dans l’Ecriture
celui qui éprouve une grande peur se dissout :
Ezéchiel parle ainsi (21,12)
des cœurs qui vont fondre, des genoux qui fondront en eau.
Tout s’écoule en lui,
il se vide de sa vie. A
l’opposé de ces images de liquéfaction,
d’écoulement, la
bouche qui elle est naturellement
humide est desséchée comme un morceau de
poterie : il ne peut plus dire un
mot, la langue paralysée par la soif et la douleur,
l’eau qui est vie le quitte.
Le psalmiste qui chante sur les bords des fleuves à Babylone
use de la même
image pour dire au Ps. 137 « Que je meure si je
t’oublie, ma ville » :
Que ma langue colle
à mon palais si je ne pense plus à toi,
Jérusalem.
16c
A
poussière de mort tu me réduis ! La fin du verset est au centre de cette partie (12-22) du psaume. Le ‘’Tu’’ marque un changement brutal car ce ne sont plus les bêtes qui mènent le suppliant à la mort mais Dieu lui-même. Le psalmiste s’adresse à Dieu, au Dieu de la vie, pour lui dire sans comprendre : Tu me déposes dans la poussière de la mort ou Tu me réduis à la poussière de la mort
17b ils déchirent mes mains et mes pieds.
18
Je peux compter tous mes os.
19
Ils partagent entre eux mes
habits, Le texte
hébreu
dit en
17b : Comme un lion
mes mains et mes pieds. On peut
interpréter ces
mots en rattachant 17b à 17a c'est-à-dire en
lisant : ils entourent comme
un lion mes mains et mes pieds, ils entourent (de
liens) mes mains et mes pieds comme on le
faisait pour transporter un lion pris au piège. Cette
interprétation n’est
cependant pas très satisfaisante et beaucoup
d’exégètes pensent que cet
hémistiche est ‘’notoirement
défectueux’’ comme
l’écrit Dhorme dans la Pléiade
ou ‘’inintelligible’’, comme
Tournay dans l’article cité de Lumière
et Vie, et
ils s’appuient sur la Septante, la traduction des juifs grecs
d’Alexandrie,
largement antérieure à l’ère
chrétienne, pour
penser que dans le texte hébreu original un
verbe figurait à la place de ‘’comme un
lion’’. On lit dans cette version
grecque : Ils ont percé (ôruxan) mes
mains et mes pieds. Les spécialistes
ont cherché un verbe hébreu dont
les
lettres seraient proche de
‘’kâ>ari’’
‘’comme
un lion’’, qu’un scribe aurait mal
compris, et ont proposé
plusieurs solutions de sens voisin : ils déchirent,
lacèrent… Les Evangiles ont
été
écrits en grec et, quand ils citent l’Ecriture,
ils se réfèrent à la version
grecque, la Septante ; ils
ont accepté sans difficulté le
‘’ils
percent’’ de la Septante d’autant plus
que ce verbe, appliqué à la Passion du
Christ,
prenait un sens
prophétique.
La
Vulgate latine a suivi la
Septante :
Foderunt manus meas et pedes meos, Ils ont percé mes mains
et mes pieds. Je
traduis selon la Septante car elle
correspond ici au texte hébreu original et nous propose un
sens cohérent,
précieux pour la Tradition chrétienne. Le condamné est sans doute amaigri, roué de coups, blessé jusqu’à l’os peut-être, mis à nu (car il a été dépouillé de ses vêtements comme le dit la suite), si bien qu’il peut compter tous ses os ; ou, si on suit la Septante, ce sont ses adversaires qui comptent tous ses os. Et dans ce cas il n’y a pas de rupture avec la suite du verset : ses ennemis qui l’entourent voient ses os, le regardent comme une chose, l’observent sans pitié. Peut-être prennent-ils un plaisir ignoble à le voir souffrir comme le suggère la paraphrase de Claudel sur ce verset : « Ils se sont régalés de me couver des yeux ». Ils le traitent déjà comme un mort et se partagent ses dépouilles.
21
Délivre
de l’épée ma nephesh,
22
sauve-moi
de la gueule du lion, L’homme
qui est près de la mort poursuit sa supplication
au v.21 en deux stiques en chiasme. Délivre
de l’épée ma nephesh, libère
de ces hommes qui ont l’arme à la
main ma nephesh, ce mot qui veut dire à la fois gorge,
souffle, âme, être. Libère
des griffes du chien mon
unique, les griffes ou
littéralement ‘’les
mains’’ du chien répondent aux
épées des hommes ce qui enlève tout
doute sur la
nature des agresseurs : la menace vient d’hommes qui
se conduisent comme
des bêtes, et ces chiens menacent mon
unique ;
ce
mot fait écho à la nephesh du premier
stique et désigne le bien le plus précieux, notre
unique richesse, la
vie ; on ne trouve que trois emplois du mot dans
l’AT dont un très proche de
celui-ci au Ps. 35,17 : Soustrais
ma nephesh à ce désastre (à
cette shoah) et mon unique aux lions. La dernière imploration au v.22 concerne le salut dont nous avons noté, à propos du v.2, qu’il englobait toutes les délivrances et essentiellement la sauvegarde de la vie ; la reprise de la racine du ‘’salut’’ marque la fin de la supplication, le psaume va changer de contenu. Les
derniers mots du verset disent que le suppliant a
enfin obtenu une réponse de son Dieu resté si
longtemps silencieux : Tu
m’as répondu ! Le choix en
faveur de
l’une
ou l’autre de ces racines explique les deux familles de
traduction. La Septante
a choisi le premier sens et
a traduit
par le mot
‘’tapeinôsis’’,
pauvreté et la traduction latine de Saint
Jérôme a
suivi la même ligne ; au temps
où on disait les psaumes en latin, on
psalmodiait : Salvum
me fac de ore
leonis et a cornibus unicornium humilitatem
meam c'est-à-dire : Sauve-moi
de la
gueule du lion et des cornes des licornes ma faiblesse. Dhorme,
Alonso-Schökel,
ont pris le même parti et ceux qui ont la Bible de
Jérusalem y trouveront : Sauve
de la corne du taureau ma
pauvre vie. L’autre
option
‘’Tu
m’as répondu’’
gagne du terrain depuis le
recul du
latin dans la liturgie : c’est
le choix du Psautier liturgique, de Tournay, de la TOB, de Beauchamp
(dans
Psaumes nuit et jour), de Chouraqui …Cette traduction dit
clairement que Dieu
qui gardait le silence depuis le début du Psaume
(v3 : Et
tu ne réponds pas) a
enfin répondu.
Mais, quelle que soit la traduction retenue, le changement du psaume
qui passe
de la supplication à l’hymne de louange manifeste
que Dieu est sorti de son
silence Le passage du psaume qui va de 13 à 22 est délimité par un double Ne sois pas loin, l’un en v.12 et l’autre en v.20 et par la répétition du mot aide en v.12 Personne ne vient à mon aide et en v.20 A mon aide, vite ! Mais le contenu et le ton suffisent à fixer les limites de ce morceau qui est une lamentation aux portes de la mort. Cette lamentation contraste avec les versets précédents où le psalmiste évoquait dans la louange l’action de Dieu à sa naissance. Nous avons scruté pas à pas ce passage, nous pouvons maintenant en prendre une vue d’ensemble en y incluant le v.12, un verset charnière commun aux deux morceaux de la première partie[3]. Suit une évocation de l’attaque des fauves : ils me cernent (13-14) et des effets de l’attaque sur son corps : liquéfaction et sécheresse (15-16ab). Au centre l’évocation de la mort : Tu me réduis à la poussière de la mort (16c). Nouvelle évocation, l’attaque des chiens : ils me cernent (17a) et de ses effets sur son corps : les membres percés, la nudité (17b-19). Appel angoissé plus développé : Ne sois pas loin, vite, libère-moi des bêtes, sauve-moi ! (20-22) B Deuxième partie : La louange (23-32)
Le changement est éclatant : plus de fauves, plus d’ennemis, l’exclu solitaire se retrouve au milieu de ses frères. Celui qui a échappé à la mort dit à Dieu sa volonté d’annoncer ses prodiges pour exalter son Nom, pour faire grandir son renom. Je vais proclamer ta louange au milieu de la foule de mes frères. La louange qui était interrompue quand Dieu n’agissait plus, peut reprendre.
25
Car Il n’a
éprouvé ni mépris ni
répugnance 26
Elle est de toi ma
louange dans la grande assemblée 27
Les
pauvres mangeront et seront rassasiés, Après les quelques
mots de louange en ‘’Tu’’ au
v.23, de louange intime et directe, le sauvé
entame au v.24 la louange publique qu’il
annonçait. On reconnaît une louange
factitive avec son invitatoire dans lequel des impératifs, louez-le, glorifiez-le, tremblez
devant lui, sont adressés à tous ceux qui craignent
le Seigneur, puis à toute
la descendance de Jacob et
d’Israël. Les
destinataires sont tous
les descendants de Jacob-Israël, tous ceux qui craignent le
Seigneur. Ils sont
invités à louer et à
rendre gloire dans
une attitude humble de vénération, dans la
crainte et le tremblement.
Puis vient, en v.25 le motif de cette invitation à la louange au Seigneur : il n’a pas méprisé le pauvre comme le faisait la foule selon le v7 où figure le même verbe. Sa misère ne l’a pas rendu répugnant ou abominable à Dieu, un mot fort qui, dans le Lévitique, qualifie notamment les animaux faisant l’objet d’un interdit alimentaire. Dieu n’a pas caché son visage de lui, à l’opposé de ce que dit Isaïe (1,15) de la prière des méchants : Quand vous étendez les mains, je me voile les yeux, vous avez beau multiplier les prières, je n’écoute pas…Dieu l’a regardé, l’a vu comme il avait vu les Hébreux opprimés en Egypte, il a entendu le cri du malheureux comme il avait entendu le cri des esclaves d’Egypte. Ce verset 25 est un résumé de la bonne nouvelle des Psaumes, « L’Evangile des Psaumes, c’est que Dieu entend les pauvres, les malheureux[4]». La traduction littérale des premiers mots du verset 26 sont : De toi ma louange ; c’est de toi que me vient la possibilité de louer comme le dit le Ps.51,17 : Seigneur ouvre mes lèvres et ma bouche annoncera ta louange. « Si les paroles que je balbutie ont un tel pouvoir, écrit J. Trublet, c’est qu’elle sont dites en moi par Dieu lui-même ; c’est sans doute en ce sens qu’on peut comprendre ce v. du psaume 22 qui peut paraître énigmatique : Elle est de toi ma louange[5] ». Puis le verset poursuit : J’accomplis mes vœux. Accomplir est un verbe formé sur la racine de la paix (shalom) qui veut dire à la fois ‘’Je règle mes dettes, je tiens mes promesses ou mes vœux ‘’ (car je trouble la paix du monde si je ne tiens pas mes promesses) et ‘’J’offre un sacrifice de paix’’, un sacrifice dans lequel on ne brûlait que la graisse et les viscères de l’animal offert tandis que la chair était ensuite partagée au cours d’un repas fraternel[6] auquel le v27 fait allusion. Nous retrouvons ici une prière de reconnaissance au Temple en accomplissement d’un vœu . On peut noter que les versets 23 à 26 forment une inclusion encadrée par les mêmes mots au début : assemblée (23b), ceux qui craignent le Seigneur (24a) et louer (24a), et à la fin : louange (26a), assemblée (26a), ceux qui le craignent (26b). Au centre de cette inclusion, en 25, figure l’affirmation clé : Dieu ne méprise pas les misérables, il les écoute. Les
pauvres, les humiliés dont le Sauvé a
partagé le sort,
sont
invités en priorité au repas au
cours duquel on partage les offrandes, ils peuvent enfin se rassasier
car la
chère est abondante. Plus haut, au
v.24,
remarque A. Wénin,
les craignant Dieu sont
clairement le peuple d’Israël, les fils de Jacob,
mais ici ce sont les pauvres,
les démunis, et aussi ceux qui, comme le suppliant, ont
été humiliés, ceux qui
cherchent le Seigneur, ceux qui sont pauvres dans leur cœur
selon les
Béatitudes. Celui
qui offre le festin
prononce sur eux tous la bénédiction : Que
vive votre cœur à
jamais !
29
Oui ! Au Seigneur la
royauté, il domine sur les nations. La
louange qui est passée de l’homme sauvé
à ses frères en
Israël, s’étend à tous ceux
qui cherchent Dieu et, de là, s’élargit
à toute la
terre, à toutes les nations. Ce qui est arrivé
à cet homme, ou à Israël si on
comprend ce poème comme expression de tout le peuple, sera
un jour connu du
monde entier car Israël est conscient de sa mission :
ce qui lui arrive est
aussi une bonne nouvelle pour le reste du monde.
L’événement de salut qui vient
de se produire (et qui s’inscrit dans une longue suite
d’interventions) sera un
jour connu sur toute la terre, de toutes les nations, selon la
prophétie de
Zacharie 14,9. La bonne nouvelle que Dieu entend les pauvres et
délivre les
humiliés, parviendra à toutes les nations qui se
convertiront et reconnaîtront
la royauté universelle du Seigneur. On reconnaît
là le thème des psaumes du
règne.
30
Devant lui seul se prosterneront tous ceux
qui gisent en terre,
31
et ma descendance le servira. Il invite
d’abord ses proches, ses frères, à louer avec lui le Seigneur
qui a entendu le pauvre, l’humilié. Il
invite particulièrement les
pauvres à partager avec lui le
repas de communion (27). Le psaume
s’élargit dans l’espace : la
terre entière est invitée à
connaître l’intervention du Seigneur et
à accepter sa royauté sur l’univers
(28-29). Les morts sont
eux aussi invités
à se
prosterner : l’invitation
s’étend donc dans l’espace, aux
profondeurs de
la terre, et dans le temps, aux hommes du passé (30). Dans l’avenir
(31), le récit des
actions de Dieu, de ses interventions
de
salut, sera transmis aux générations
à venir
qui sauront qu’il
agit toujours, qui lui feront
confiance et maintiendront d’âge en âge
la louange du Seigneur. LE
PSAUME 22
1
Au
maître du chant. Sur la biche de l’aurore. Psaume
de David.
3
Mon Dieu, j’appelle le jour et tu
ne réponds
pas,
5
en toi nos pères ont eu
confiance,
6
Ils
ont crié vers toi et ils échappaient,
8
Tous ceux qui me voient se moquent de moi,
9
Il a remis son sort au
Seigneur : qu’il le délivre,
10
C’est
toi qui m’as tiré du ventre,
11
J’ai
été jeté sur toi au sortir de la
matrice.
12
Ne
sois pas loin de moi car l’angoisse est proche
14
Ils ouvrent contre moi leur
gueule,
16
Sec
comme un tesson mon palais
17
Oui,
me cernent des chiens,
18
Je peux compter tous mes os.
19
Ils
partagent entre eux mes habits,
21
Délivre
de l’épée ma nephesh,
22
sauve-moi
de la gueule du lion,
25
Car Il n’a
éprouvé ni mépris ni
répugnance 26
Elle est de toi ma
louange dans la grande assemblée
27
Les
pauvres mangeront et seront rassasiés,
29
Oui ! Au Seigneur la
royauté, il domine sur les nations.
30
Devant lui seul se prosterneront tous ceux
qui gisent en terre,
31
et ma descendance le servira. [1] Je traduis selon les suggestions du P. Tournay dans un article de Lumière et Vie, numéro 202, Prier les psaumes, page 46. Cette traduction respecte mieux le parallélisme des stiques du verset. [2] Ouvrage cité, p. 224. [3] Le schéma qui suit est proposé par A. Wénin dans Le livre des louanges, p.104 [4] P. Beauchamp, Psaumes nuit et jour, p 227. [5] J. Trublet : Créés pour louer, p 23. [6] Voir un sacrifice de paix offert en accomplissement d’un voeu à propos du Ps. 66, page 76. [7] Les trois sont cités dans la bibliographie. Pour Dhorme et Alonso-Schökel au psaume étudié. P. Grelot, p.90. Haut de la page Retour au sommaire |