Conférences bibliques 2004-2005 "Une approche des psaumes"   (9)



LE   PSAUME  22 : SUPPLICATION ET LOUANGE

 Le psaume 22 prend place à la fin de notre parcours de manière naturelle, presque nécessaire. Nous avons en effet lu ensemble, attentivement, des supplications individuelles et collectives puis nous avons étudié des psaumes de louange, louanges factitives, louanges directes, chants de reconnaissance. Dans le psaume 22 nous allons retrouver toutes ces formes de prière car il commence par une longue supplication, supplication à la fois individuelle et collective, et se poursuit  par une ample louange à laquelle participent toutes les manières de louer du psautier.

 Plan d’ensemble du psaume

          1 Au maître du chant. Sur la biche de l’aurore. Psaume de David.

 Le psaume commence par un titre ajouté tardivement. Il est généralement compris comme une indication pour le maître du chant ou chef de chœur : ce psaume doit être chanté sur l’air de ‘’la biche de l’aurore’’, probablement une mélodie connue à l’époque. L’attribution à David n’a pas de valeur historique. Nous reviendrons plus tard à cette suscription.

 Il n’est pas nécessaire d’être un spécialiste de l’analyse structurelle pour distinguer dès la première lecture que ce psaume comporte deux parties :

 -            Une longue prière de supplication : v. 2  - 22

-            Un hymne de louange : 23 – 32

 Ce plan est confirmé par les répétitions de mots qui forment des inclusions aux limites des deux parties. Les bornes de la première section 2-22 sont évidentes :

- au début nous repérons au v.2 Loin de mon salut et au v.3 Tu ne réponds pas

- et à la fin de cette section, au v.20, Ne sois pas loin et au v.22 Tu m’as répondu.

Ces bornes indiquent l’enjeu de la supplication : Dieu est loin et ne répond pas, va-t-il répondre ?

Les bornes de la deuxième section  23-32, celle de la louange, sont claires aussi :

 - au début au v.23 Je ferai le récit à mes frères et en 24 la descendance de Jacob

-  à la fin au v.31  On fera le récit au sujet du Seigneur  à la descendance qui vient.

Ici encore la récurrence donne le thème : le récit des actions du Seigneur fait naître la louange des frères du sauvé et ce récit, transmis aux générations futures, assurera la permanence de la louange.

 
 Première partie : La supplication (2-22)

La supplication se divise à son tour en deux morceaux, 2-12 et 13-22, de ton très différent, encadrés par des inclusions que nous signalerons au passage. Dans le premier, Dieu n’agit plus, la louange est interrompue. Dans le second, le suppliant est cerné et mis à mort.

-  Dieu n’agit plus (2-12)    

          2            Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
                        Loin  de mon salut, des paroles que je rugis !

 C’est un cri d’appel, une plainte, un reproche angoissé. Pourquoi ? Ce n’est pas l’agir habituel de Dieu que d’abandonner son fidèle. Et cependant celui qui parle et crie dit : Mon Dieu, mon Dieu car il n’a pas rompu avec son Dieu, en l’invoquant ainsi il prouve qu’il garde confiance. Le nom divin utilisé ici est ‘’El’’ qui, avec le pronom  possessif de la première personne ’’i’’, donne Eli, Mon Dieu.  El, un nom moins fréquent que Elohim, figure en Exode 34,6, quand Dieu passe devant Moïse en disant son nom et El y est suivi  des mots tendresse maternelle et grâce ; ce nom connote donc la miséricorde et la bonté.

 (Tu es) Loin de mon salut, c’est à dire tu ne t’approches pas pour me sauver ; « Salut » a un sens très fort que nous pouvons illustrer avec la fin du psaume 91  où le mot salut, dernier mot du psaume, récapitule tous les bienfaits, toutes les délivrances, énumérés dans les v. 14 à 16 : libérer, protéger, être avec lui, délivrer, rassasier de jours ; le salut c’est, pourrions-nous dire, le don et le maintien de la vie.

(Loin) des paroles que je rugis. Rugir est le propre du lion et on retrouvera ce verbe au v.14 ; celui qui s’exprime crie de toutes ses forces et compare ses cris puissants aux rugissements du fauve, il hurle sa souffrance comme une bête. Job dit de même (3,24) : Pour pain je n’ai que mes sanglots, ils déferlent comme l’eau mes rugissements.

On pourrait aussi relier Loin de mon salut non pas à Dieu mais aux paroles rugies, Dieu est loin de mes cris,  et comprendre alors le second stique comme le fait la TOB : J’ai beau rugir mon salut reste loin.

          3            Mon Dieu, j’appelle le jour et tu ne réponds pas,
                        et la nuit, il n’y a que le silence pour moi
.

 Mon Dieu dit le psalmiste en employant ici un autre Nom divin, Elohim, un pluriel de plénitude qui désigne le Dieu unique. J’appelle, je crie vers toi le jour et tu ne réponds pas. Et la nuit j’appelle encore mais je n’obtiens que du silence[1]. Ce verset poursuit ce que disait la fin du v.2.

Le suppliant qui a crié Mon Dieu (El) par deux fois, puis encore Mon Dieu (Elohim) se réfère à l’alliance avec ce Dieu qui lui avait promis de rester proche de lui, de le secourir dans le danger, de l’aider à écraser ses ennemis comme il est dit au Ps 2. Il crie vers lui jour et nuit mais Dieu ne répond pas, il n’obtient que le silence. Pourquoi ?

           4            Mais toi, le Saint,  toi qui habites les louanges d’Israël,

           5            en toi nos pères ont eu confiance,
                        ils ont eu confiance et tu les as délivrés,

           6             Ils ont crié vers toi et ils échappaient,
                        En toi ils ont eu confiance et ils n’ont pas été déçus

 Le verset 4 commence par ‘’Mais toi ‘’ qui annonce une orientation nouvelle dans la prière. Le psalmiste s’interroge sur le silence de Dieu et s’adresse à lui qui est présent dans son sanctuaire où chaque jour nous le louons.

Le mot Saint proclame la transcendance puis la suite du verset dit que le Très-Haut, le Saint, est en même temps présent au milieu de son peuple quand celui-ci lui chante des hymnes de louange ; l’immanence est affirmée de manière imagée : Tu es assis au milieu de nos louanges. Un passage d’Isaïe (57,15) éclaire, me semble-t-il, ce verset : Je suis haut et saint dans ma demeure mais je suis aussi avec l’homme contrit et humilié…Le Saint est avec ceux qui humblement font monter vers lui leurs hymnes.  Notre psaume passe ici de la supplication à la confession de foi car le suppliant auquel Dieu ne répond pas, proclame pourtant que Dieu est présent dans les louanges de son peuple

On remarque que la même expression avoir confiance revient trois fois dans les versets 5 et 6. Elle traduit le verbe ‘’batah’’ qui a le sens de faire confiance à quelqu’un, de compter sur quelqu’un (traduction de la TOB dans ces versets), d’espérer (psautier liturgique). On pourrait le traduire par avoir la foi au sens de se fier à quelqu’un. Le verbe et les autres mots formés sur la même racine figurent 182 fois dans l’AT dont 52 dans les psaumes.

 Nos pères ont eu cette confiance, c’est elle qui les a poussés à se tourner vers toi, à  crier vers toi et ils ont été libérés, délivrés.  Ces versets évoquent une situation qui revient souvent dans l’Ecriture : le peuple dans le malheur crie vers son Dieu, celui-ci l’entend et le délivre. Ainsi en Egypte (Exode 3,23) les fils d’Israël gémirent du fond de la servitude et crièrent. Leur appel monta vers Dieu du fond de la servitude. Dieu entendit leur plainte… Dieu apparaît alors à Moïse dans le buisson ardent et lui dit qu’il a vu la misère de son peuple et, poursuit-il, Je suis descendu pour le délivrer de la main des Egyptiens. La même séquence revient plusieurs fois dans le livre des Juges (3,9. 6,7. 10,10 etc) quand le peuple, opprimé, se tourne vers Dieu.

Le verset  6 se termine par En toi ils ont eu confiance et ils n’ont pas été déçus. Ils n’ont pas eu honte de la confiance qu’ils avaient mise en toi. Nous avions rencontré ce verbe ‘’ avoir honte’’ dans le psaume 31, aux v.2 et  18. Le vocabulaire de la honte revient souvent dans les psaumes pour exprimer la confusion de ceux qui comptent sur des hommes impuissants ou de vaines  idoles. En revanche ceux qui mettent leur confiance dans le Dieu fidèle ne peuvent avoir honte de ce choix.

Et pourtant le suppliant du psaume 22 est dans la honte. Ce passage participe de la louange à Dieu qui est toujours intervenu pour sauver Israël, son peuple, qui le suppliait et c’est en même temps une lamentation : se peut-il que Dieu ait changé ?

Les spécialistes relèvent que ces passages de ‘’mémorial’’ (dans lesquels on fait mémoire des actions passées de Dieu) ne se trouvent que dans les Psaumes de supplication collective : voir par exemple le début du Ps.44, le 80, ou encore le 89. Il semble que notre psaume déroge à cette norme et relève à la fois de la supplication individuelle et collective.

          7            Mais moi je suis un ver et plus un homme
                        Opprobre des gens (de l’Adam) et méprisé du peuple.

          8            Tous ceux qui me voient se moquent de moi,
                        Ils grimacent des lèvres, ils hochent la tête :

          9           Il a remis son sort au Seigneur : qu’il le délivre,
                        Qu’il le libère puisqu’il se plaît en lui.

Le mot traduit ici par ‘’opprobre’’ a un sens voisin du mot honte et c’est ce qui permet de faire le lien avec le v. précédent : nos pères qui comptaient sur toi n’ont pas eu honte mais moi, qui pourtant compte sur toi, je suis pour les autres un objet de honte, de mépris, je ne suis même plus un homme mais un ver qui se traîne ; pour rendre l’image, il faudrait peut-être traduire Je suis une larve. Et celui qui n’a plus figure humaine n’est plus compté parmi ceux qui descendent des pères, il est exclu.  Le suppliant du v.7 est proche du Serviteur du Second Isaïe qui, lui non plus, n’était plus un homme : Les foules ont été horrifiées à son sujet ; à ce point détruite, son apparence n’était plus celle d’un homme et son aspect n’était plus celui des fils d’Adam (Isaïe 52,14). Il était méprisé, laissé de côté par les hommes (53,3).

Les autres font plus que le mépriser, ils le raillent, ils ricanent, ils hochent la tête et ce mouvement est une forme de sarcasme comme le montre le psaume 109, 25 : Et moi je suis devenu pour eux un opprobre, ils me regardent et hochent la tête ou, dans une supplication collective, le psaume 44,15 : Tu fais de nous la fable des nations et devant nous les peuples hochent la tête.

Ses ennemis vont plus loin encore car l’attitude de confiance en Dieu du malheureux est tournée en dérision, « Que Dieu le sauve ! » raillent-ils ; ils blasphèment en mettant en doute l’amour de Dieu pour son fidèle et sa capacité de le sauver.  

          10          C’est toi qui m’as tiré du ventre,
                        qui m’as mis en confiance sur les seins de ma mère

          11       J’ai été jeté sur toi au sortir de la matrice.
                        Depuis le ventre de ma mère, tu es mon Dieu.

 Le psalmiste rebondit sur les mots de ses ennemis et s’adresse à Dieu : Oui, tu m’aimes car c’est toi qui m’a donné la vie qui est le bien par excellence. Dieu est décrit en 10a comme une sage-femme qui l’a aidé à sortir du ventre de sa mère, puis l’a déposé en confiance, en sécurité, sur les seins de sa mère. Le début de 11 fait allusion à une procédure d’adoption ou de reconnaissance du nouveau-né par Dieu. Ce trait rapproche le suppliant du roi messie, lui aussi adopté par Dieu comme l’affirme le psaume 2.

Ce rappel du bonheur passé est une louange et elle se termine en confession de foi : Depuis ma naissance « Mon Dieu, c’est toi ! », mon Dieu, qui reprend le « Eli »  (El+i) du début du psaume.

Ces versets qui, à première vue, semblent jaillis du cœur d’un individu, peuvent être compris aussi comme évoquant la naissance de la nation d’Israël et Rachi les rapproche d’Isaïe 46,3 où Dieu parle à la maison d’Israël : Vous qui depuis le sein maternel êtes pris en charge…  Rachi ne cite pas la suite mais, comme il arrive, la partie non citée se révèle la plus significative : Jusqu’à votre vieillesse, moi je resterai tel, jusqu’à vos cheveux blancs, c’est moi qui vous porterai … et qui libérerai. Rachi suggère ainsi que l’appui que le Seigneur  a donné au nourrisson, peuple ou individu, il ne cessera pas de le lui donner quand ses cheveux blanchiront, Dieu n’abandonnera pas son enfant.  Mais Rachi anticipe car Dieu n’a pas encore libéré.

           12          Ne sois pas loin de moi car l’angoisse est proche
                        Et personne ne vient à mon
aide

L’évocation du Dieu sauveur de son peuple, du Dieu père et mère de son enfance,  avait permis au suppliant de surmonter un moment le mépris et la solitude mais il reprend conscience que les interventions divines appartiennent au passé lointain de son peuple, à son enfance qui est loin aussi. Le  Seigneur  reste loin tandis que  le danger est là, proche. Si tu restes loin, dit-il à son Dieu, personne ne viendra me soutenir. L’angoisse met à l’étroit, étouffe, étrangle, au sens physique et spirituel. Le suppliant va maintenant décrire le resserrement de ce garrot  en décrivant tour à tour les assauts de ses ennemis et les effets de ces attaques sur lui.

Nous venons de lire  Eli (Mon Dieu) de la fin du v.11 qui répond au double Eli du v.1 et Ne sois pas loin de moi que nous lisons en 12 fait écho au Loin de mon salut de1b.  Ces deux reprises forment une inclusion avec le début du psaume et marquent un  tournant dans le psaume : le morceau 2-12 se termine ici.

Nous pouvons maintenant avoir une vue d’ensemble de cette partie  v.2 à 12.

Il commence par un cri de supplication violent : Mon Dieu, mon Dieu ! Dieu est loin et n’entend pas les cris du suppliant (1-2).

Puis vient une louange en mémorial, pour les actions de Dieu dans le passé. Et pourtant Dieu écoutait la prière des pères : ils avaient confiance et, Toi, tu les délivrais ((4-6).

Suit une lamentation sur la honte du suppliant : les autres tournent en dérision sa confiance en Dieu (7-9).

Nouvelle  louange pour l’action de Dieu à sa naissance : pour la vie reçue et pour son adoption (10-11).

Ce morceau se termine par un nouvel appel angoissé (12).

 -   L’agonie du suppliant (13-32)

           13          Me cernent des taureaux nombreux,
                        des puissants de  Bashan m’encerclent

           14         Ils ouvrent contre moi leur gueule,
                        lion déchirant et rugissant.

 Le suppliant décrit son angoisse comme un assaut de bêtes féroces qui l’entourent et le menacent et la construction en chiasme du v.13 traduit cet  enfermement de la victime. Mes agresseurs ouvrent contre moi leur gueule, dit-il, comme Sion parlant de ses adversaires dans les Lamentations (2, 16) : Contre toi ils ouvrent la bouche tous tes ennemis, ils sifflent et grincent des dents, ils disent : « Nous engloutissons ».  Ceux qui le pourchassent sont comparés à des taureaux puissants de la région de Bashan [connue pour ses élevages : Ez. 39,18] comme, dans Guernica,  Picasso stigmatise par un toro furieux la brutalité aveugle de la guerre. La victime compare ensuite ceux qui l’entourent à un lion, image emblématique de la férocité, ouvrant sa gueule pour lacérer et rugir.

           15          Comme l’eau je me répands
                        et tous mes os se disloquent.
                        Mon cœur est pareil à la cire
                        Il fond au milieu de mes entrailles.

          16          Sec comme un tesson mon palais
                        et ma langue collée à mon gosier                  

Le supplicié décrit maintenant l’effet de ces attaques dans son corps. Les organes semblent se liquéfier et les os qui font tenir debout menacent de se disloquer, de se désarticuler. Dans l’Ecriture celui qui éprouve une grande peur se dissout : Ezéchiel parle ainsi (21,12) des cœurs qui vont fondre, des genoux qui fondront en eau. Tout s’écoule en lui, il se vide de sa vie.

A l’opposé de ces images de liquéfaction, d’écoulement,  la bouche qui elle est naturellement humide est desséchée comme un morceau de poterie : il ne peut plus dire un mot, la langue paralysée par la soif et la douleur, l’eau qui est vie le quitte. Le psalmiste qui chante sur les bords des fleuves à Babylone use de la même image pour dire au Ps. 137 « Que je meure si je t’oublie, ma ville » : Que ma langue colle à mon palais si je ne pense plus à toi, Jérusalem.

          16c        A poussière de mort tu me réduis !

La fin du verset est au centre de cette partie (12-22) du psaume. Le ‘’Tu’’  marque un changement brutal car ce ne sont plus les bêtes qui mènent le suppliant à la mort mais Dieu lui-même. Le psalmiste s’adresse à Dieu, au Dieu de la vie, pour lui dire sans comprendre : Tu me déposes dans la poussière de la mort ou Tu me réduis à la poussière de la mort

 Ce reproche du psalmiste paraît si blasphématoire que beaucoup ont voulu modifier le texte comme certaines versions latines et, plus près de nous, la Bible de Stuttgart, l’édition de référence pour le texte hébreu, qui indique en note : lire probablement deduxerunt c'est-à-dire ‘’ils m’ont conduit’’ au sens neutre de ‘’On m’a conduit’’ ;  Dhorme dans la Pléiade adopte cette solution. Cependant le texte hébreu de la tradition juive, la Septante grecque et la Vulgate  latine maintiennent le ‘’Tu’’  et nous chantions naguère : Et in pulverem mortis deduxisti me : Tu m’as conduit à la poussière de la mort.

 Aux portes de la mort, attaqué  à l’extérieur et détruit à l’intérieur, le suppliant découvre que Dieu se met du côté de la mort, que Dieu est par son silence le complice de ses ennemis. Dieu qui lui a donné la vie le conduirait-il à la mort ?    

           17 a       Oui, me cernent des chiens,
                        une bande de fauteurs de mal  m’entoure,       

 Le supplicié reprend l’image des bêtes qui le cernent, comme en 13a, mais maintenant ce  sont des chiens qui l’encerclent.  Il faut imaginer des molosses comme ceux que les rois de Ninive utilisaient pour la chasse au lion et qu’ils ont fait sculpter sur les bas-reliefs de leur palais. Mais ici la victime, dit P. Beauchamp[2], est la proie d’une chasse inversée où  les grands fauves, lions et taureaux, utilisent les chiens contre l’homme alors que, d’habitude, l’homme lance les chiens contre les bêtes. Mais ces chiens sont des hommes, comme le montre le parallélisme des stiques entre les chiens et ceux qui font le mal, des hommes qui se laissent conduire par des bêtes, par les forces bestiales de la haine.  

          17b        ils  déchirent mes mains et mes pieds.

          18          Je peux compter tous mes os.
                        Eux me voient, me regardent. 

           19        Ils partagent entre eux mes habits,
                        Ils tirent au sort mon vêtement.

Le texte hébreu dit en 17b : Comme un lion mes mains et mes pieds. On peut interpréter ces mots en rattachant 17b à 17a c'est-à-dire en lisant : ils entourent comme un lion mes mains et mes pieds, ils entourent  (de liens) mes mains et mes pieds comme on le faisait pour transporter un lion pris au piège.

Cette interprétation n’est cependant pas très satisfaisante et beaucoup d’exégètes pensent que cet hémistiche est ‘’notoirement défectueux’’ comme l’écrit Dhorme dans la Pléiade ou ‘’inintelligible’’, comme Tournay dans l’article cité de Lumière et Vie, et ils s’appuient sur la Septante, la traduction des juifs grecs d’Alexandrie, largement antérieure à l’ère chrétienne,  pour penser que dans le texte hébreu original un verbe figurait à la place de ‘’comme un lion’’. On lit dans cette version grecque : Ils ont percé (ôruxan) mes mains et mes pieds. Les spécialistes ont cherché un verbe hébreu  dont les lettres seraient proche de ‘’kâ>ari’’  ‘’comme un lion’’, qu’un scribe aurait mal compris, et ont proposé plusieurs solutions de sens voisin : ils déchirent, lacèrent…  

Les Evangiles ont été écrits en grec et, quand ils citent l’Ecriture, ils se réfèrent à la version grecque, la Septante ;    ils ont accepté sans difficulté le ‘’ils percent’’ de la Septante d’autant plus que ce verbe, appliqué à la Passion du Christ,  prenait un sens prophétique. La  Vulgate latine a suivi la Septante : Foderunt manus meas et pedes meos, Ils ont percé mes mains et mes pieds.  Je traduis selon la Septante car elle correspond ici au texte hébreu original et nous propose un sens cohérent, précieux pour la Tradition chrétienne.  

 Après l’évocation des chiens qui l’attaquent, l’orant décrit les conséquences de l’agression pour son corps : Ils déchirent (ou percent) mes mains et mes pieds. Quel que soit le sens choisi, les pieds et les mains sont atteints, la victime est maintenant immobilisée, à la merci de ses adversaires.

Le condamné est sans doute amaigri, roué de coups, blessé jusqu’à l’os peut-être, mis à nu (car il a été dépouillé de ses vêtements comme le dit la suite), si bien qu’il peut compter tous ses os ; ou, si on suit la Septante, ce sont ses adversaires qui comptent tous ses os. Et dans ce cas il n’y a pas de rupture avec la suite du verset : ses ennemis qui l’entourent voient ses os, le regardent comme une chose, l’observent sans pitié. Peut-être prennent-ils un plaisir ignoble à le voir souffrir comme le suggère la paraphrase de Claudel sur ce verset : « Ils se sont régalés de me couver des yeux ».

Ils le traitent déjà comme un mort et se partagent ses dépouilles.

          20          Mais  toi, Seigneur, ne sois pas loin,
                        ô ma force, à mon aide, vite !

          21          Délivre de l’épée ma nephesh,
                        des griffes du chien mon unique (vie),

           22           sauve-moi de la gueule du lion,
                        et des cornes des buffles … Tu m’as répondu !

 Le verset 20 commence par un ‘’Mais Toi ’’ dont nous savons (nous l’avons déjà rencontré dans ce Ps. au v.4) qu’il annonce une nouvelle orientation de la prière puis prononce le Nom du Seigneur, le tétragramme, le Nom de miséricorde, que nous n’avions entendu jusqu’à présent que dans la bouche de ses adversaires  au v.9.  Après avoir décrit son encerclement par les bêtes et l’état de son corps, le supplicié se tourne de nouveau vers Dieu. Il avait crié au v.12 : Ne sois pas loin … personne ne vient à mon aide, il supplie de même ici Ne sois pas loin mais au lieu de l’appel implicite : Personne ne vient à mon aide  il crie directement vers Dieu en le suppliant d’intervenir très vite : A mon aide, hâte-toi ! Entre ces deux demandes, il invoque le Seigneur sous le qualificatif de Ma force, toi qui est la seule force qui me reste, mon seul recours, toi sans qui je meurs, aide-moi !

L’homme qui est près de la mort poursuit sa supplication au v.21 en deux stiques en chiasme. Délivre de l’épée ma nephesh,  libère de ces hommes qui ont l’arme à la main ma nephesh, ce mot qui veut dire à la fois gorge, souffle, âme, être. Libère des griffes du chien mon unique, les griffes ou littéralement ‘’les mains’’ du chien répondent aux épées des hommes ce qui enlève tout doute sur la nature des agresseurs : la menace vient d’hommes qui se conduisent comme des bêtes, et ces chiens menacent mon unique ;  ce mot fait écho à la nephesh du premier stique et désigne le bien le plus précieux, notre unique richesse, la vie ; on ne trouve que trois emplois du mot dans l’AT dont un très proche  de celui-ci au Ps. 35,17 :  Soustrais ma nephesh à ce désastre (à cette shoah) et mon unique aux lions.

La dernière imploration au v.22 concerne le salut dont nous avons noté, à propos du v.2, qu’il englobait toutes les délivrances et essentiellement la sauvegarde de la vie ; la reprise de la racine du ‘’salut’’ marque la fin de la supplication, le psaume va changer de contenu.

Les derniers mots du verset disent que le suppliant a enfin obtenu une réponse de son Dieu resté si longtemps silencieux : Tu m’as répondu !

 Cette traduction demande une explication car certains trouveront dans leur Bible une autre version. Le dernier mot du verset 22 en hébreu est \anitani qui peut être rattaché  à deux racines identiques, formées des trois mêmes lettres (\ayin, noun, hé), mais de sens différent : une racine \anah qui a le sens d’être pauvre et une autre qui signifie répondre. Avec le suffixe i qui renvoie à la première personne, le mot est traduit dans un cas par Ma pauvreté, ma misère et dans l’autre par Tu m’as répondu.

Le choix en faveur de l’une ou l’autre de ces racines explique les deux familles de traduction. La Septante a choisi le premier sens et  a traduit par le mot ‘’tapeinôsis’’, pauvreté et la traduction latine de Saint Jérôme a suivi la même ligne ; au temps où on disait les psaumes en latin, on psalmodiait : Salvum me fac de ore leonis et a cornibus unicornium humilitatem meam c'est-à-dire : Sauve-moi de la gueule du lion et des cornes des licornes ma faiblesse. Dhorme, Alonso-Schökel, ont pris le même parti et ceux qui ont la Bible de Jérusalem y trouveront : Sauve de la corne du taureau ma pauvre vie.

L’autre option ‘’Tu m’as répondu’’ gagne du terrain depuis le recul  du latin dans la liturgie : c’est le choix du Psautier liturgique, de Tournay, de la TOB, de Beauchamp (dans Psaumes nuit et jour), de Chouraqui …Cette traduction dit clairement que Dieu qui gardait le silence depuis le début du Psaume (v3 : Et tu ne réponds pas) a enfin répondu. Mais, quelle que soit la traduction retenue, le changement du psaume qui passe de la supplication à l’hymne de louange manifeste que Dieu est sorti de son silence

Le passage du psaume qui va de 13 à 22 est délimité par un double Ne sois pas loin, l’un en v.12 et l’autre en v.20 et par  la répétition du mot aide en v.12 Personne ne vient à mon aide et en v.20 A mon aide, vite ! Mais le contenu et le ton suffisent  à fixer les limites de ce morceau qui est une lamentation aux portes de la mort. Cette lamentation contraste avec les versets précédents où le psalmiste évoquait dans la louange l’action de Dieu à sa naissance.

Nous avons scruté pas à pas ce passage, nous pouvons maintenant en prendre une vue d’ensemble en y incluant le v.12, un verset charnière commun aux deux morceaux de la première partie[3].

 Il commence par un appel angoissé Ne sois pas loin, l’angoisse est proche (12).

   Suit une évocation de l’attaque des fauves : ils me cernent (13-14)

   et des effets de l’attaque sur son corps : liquéfaction et sécheresse (15-16ab).

       Au centre l’évocation de la mort : Tu me réduis à la poussière de la mort (16c).

   Nouvelle évocation, l’attaque des chiens : ils me cernent (17a)

   et de ses effets sur son corps : les membres percés, la nudité (17b-19).

Appel angoissé plus développé : Ne sois pas loin, vite, libère-moi des bêtes, sauve-moi ! (20-22)

B  Deuxième partie : La louange (23-32)       

           23          Je veux raconter  ton nom à mes frères
                        Au milieu de l’assemblée je veux te louer.

Le changement est éclatant : plus de fauves, plus d’ennemis, l’exclu solitaire se retrouve au milieu de ses frères. Celui qui a échappé à la mort dit à Dieu sa volonté d’annoncer ses prodiges pour exalter son Nom, pour faire grandir son renom.  Je vais proclamer ta louange au milieu de la foule de mes frères. La louange qui était interrompue quand Dieu n’agissait plus, peut reprendre.

           24          Vous qui craignez le Seigneur, louez-le !
                        Toute la descendance de Jacob, glorifiez-le 
                        et tremblez devant lui, toute la descendance d’Israël !

          25          Car Il n’a éprouvé ni mépris ni répugnance
                        pour le misérable dans sa misère
                        et il n’a pas caché sa face de lui
                        et quand il criait vers lui, il a entendu.

           26          Elle est de toi ma louange dans la grande assemblée
                        J’accomplis mes vœux devant ceux qui te craignent

27          Les pauvres mangeront et seront rassasiés,
                        Ils loueront le Seigneur ceux qui le cherchent.
                        Que votre cœur vive à jamais !

Après les quelques mots de louange en ‘’Tu’’ au v.23, de louange intime et directe, le sauvé entame au v.24 la louange publique qu’il annonçait. On reconnaît une louange factitive avec son invitatoire dans lequel des impératifs, louez-le, glorifiez-le, tremblez devant lui, sont adressés à tous ceux qui  craignent le Seigneur, puis à toute la descendance de Jacob et d’Israël.   Les destinataires sont tous les descendants de Jacob-Israël, tous ceux qui craignent le Seigneur. Ils sont invités à louer et  à rendre gloire dans une attitude humble de vénération, dans la crainte et le tremblement.    

Puis vient, en v.25  le motif de cette invitation à la louange au Seigneur : il n’a pas méprisé le pauvre comme le faisait la foule selon le v7 où figure le même verbe. Sa misère ne l’a pas rendu répugnant ou abominable à Dieu, un mot fort qui, dans le Lévitique, qualifie notamment les animaux faisant l’objet d’un interdit alimentaire. Dieu n’a pas caché son visage de lui, à l’opposé de ce que dit  Isaïe (1,15) de la prière des méchants : Quand vous étendez les mains, je me voile les yeux, vous avez beau multiplier les prières, je n’écoute pas…Dieu l’a regardé, l’a vu comme il avait vu les Hébreux opprimés en Egypte, il a entendu le cri du malheureux comme il avait entendu le cri des esclaves d’Egypte. Ce verset 25 est un résumé de la bonne nouvelle des Psaumes, « L’Evangile des Psaumes, c’est que Dieu entend les pauvres, les malheureux[4]».

La traduction littérale des premiers mots du verset 26 sont : De toi ma louange ; c’est de toi que me vient la possibilité de louer comme le dit le Ps.51,17 : Seigneur ouvre mes lèvres et ma bouche annoncera ta louange. « Si les paroles que je balbutie ont un tel pouvoir, écrit J. Trublet, c’est qu’elle sont dites en moi par Dieu lui-même ; c’est sans doute en ce sens qu’on peut comprendre ce v. du psaume 22 qui peut paraître énigmatique : Elle est de toi ma louange[5] ».

Puis le verset poursuit : J’accomplis mes vœux. Accomplir est  un verbe formé sur la racine de la paix (shalom) qui veut dire à la fois ‘’Je règle mes dettes, je tiens mes promesses ou mes vœux ‘’ (car je trouble la paix du monde si je ne tiens pas mes promesses)  et ‘’J’offre un sacrifice de paix’’, un sacrifice dans lequel on ne brûlait que la graisse et les viscères de l’animal offert tandis que la chair était ensuite partagée au cours d’un repas fraternel[6] auquel le v27 fait allusion. Nous retrouvons ici une prière de reconnaissance au Temple en accomplissement d’un vœu .

On peut noter que les versets 23 à 26 forment une inclusion encadrée par les mêmes mots au début : assemblée (23b),  ceux qui craignent le Seigneur (24a) et louer (24a), et à la fin : louange (26a), assemblée (26a), ceux qui le craignent (26b). Au centre de cette inclusion, en 25, figure l’affirmation clé : Dieu ne méprise pas les misérables, il les écoute.

Les pauvres, les humiliés dont le Sauvé a partagé le sort,  sont invités en priorité au repas au cours duquel on partage les offrandes, ils peuvent enfin se rassasier car la chère est abondante. Plus haut,  au v.24, remarque A. Wénin,  les craignant Dieu sont clairement le peuple d’Israël, les fils de Jacob, mais ici ce sont les pauvres, les démunis, et aussi ceux qui, comme le suppliant, ont été humiliés, ceux qui cherchent le Seigneur, ceux qui sont pauvres dans leur cœur selon les Béatitudes.  Celui qui offre le festin prononce sur eux tous la bénédiction : Que vive votre cœur à jamais !

           28          Ils se souviendront et se tourneront vers le Seigneur
                        tous les confins de la terre,
                        et elles se prosterneront devant toi toutes les familles des nations.

          29          Oui ! Au Seigneur la royauté, il domine sur les nations.

La louange qui est passée de l’homme sauvé à ses frères en Israël, s’étend à tous ceux qui cherchent Dieu et, de là, s’élargit à toute la terre, à toutes les nations. Ce qui est arrivé à cet homme, ou à Israël si on comprend ce poème comme expression de tout le peuple, sera un jour connu du monde entier car Israël est conscient de sa mission : ce qui lui arrive est aussi une bonne nouvelle pour le reste du monde. L’événement de salut qui vient de se produire (et qui s’inscrit dans une longue suite d’interventions) sera un jour connu sur toute la terre, de toutes les nations, selon la prophétie de Zacharie 14,9. La bonne nouvelle que Dieu entend les pauvres et délivre les humiliés, parviendra à toutes les nations qui se convertiront et reconnaîtront la royauté universelle du Seigneur. On reconnaît là le thème des psaumes du règne.

          30          Devant lui seul se prosterneront tous ceux qui gisent en terre,
                        Devant sa face se courberont tous ceux qui descendent à la poussière.

 Ce verset est difficile car il a sans doute été altéré. La traduction proposée accepte les corrections suggérées par la Bible de Stuttgart et correspond notamment aux versions de Dhorme (Pléiade), Luis Alonso Schökel et Pierre Grelot[7] .

 Le mouvement de la louange continue à s’élargir car, après l’invitation adressée à ses frères les pauvres (et peut-être à tout son peuple qui est un peuple de pauvres, de méprisés), le verset 29 concernait le retentissement de l’événement à la terre entière donc à tous les peuples païens. Le psaume est maintenant élargi dans l’espace : à tous ceux qui gisent dans la poussière de la mort, au Shéol, sous la terre, et dans le temps : ces morts sont ceux qui nous ont vécu avant nous sur la terre.

           30c        Et moi je vis pour lui,

           31        et ma descendance le servira.
                     On fera le récit au sujet du Seigneur à la génération qui vient,
                     On proclamera sa justice au peuple qui va naître :
                     Oui : Il agit !

 A la fin du v.30 l’orant parle brièvement de lui-même et se présente comme entièrement consacré à Dieu, et, à cette place dans l’élargissement de la louange il fait le relais  entre les morts du passé et les vivants de l’avenir, sa descendance et toute les génération à venir ; eux aussi entendront le récit de la « justice du Seigneur » qui est une justice qui procure la délivrance et le salut ; les derniers versets parlent  de la transmission depuis les pères jusqu’aux fils d’une louange dont le contenu se trouve résumé en deux mots qui résonnent à la fin du psaume comme l’annonce par excellence : Ou !  Il a agi et Il agit !

 Après Tu m’as répondu le suppliant exaucé annonce sa volonté de faire le récit de la nouvelle intervention de salut de Dieu et de chanter sa louange (23).

Il invite d’abord ses proches, ses frères, à louer avec lui le Seigneur qui a entendu le pauvre, l’humilié. Il invite particulièrement les pauvres à partager avec lui le repas de communion (27).

Le psaume s’élargit dans l’espace : la terre entière est invitée à connaître l’intervention du Seigneur et à accepter sa royauté sur l’univers (28-29).

Les morts sont eux aussi invités à se prosterner : l’invitation s’étend donc dans l’espace, aux profondeurs de la terre, et dans le temps, aux hommes du passé (30).

Dans l’avenir (31), le récit des actions de Dieu, de ses interventions de salut, sera transmis aux générations à venir  qui sauront qu’il agit toujours, qui lui feront confiance et maintiendront d’âge en âge la louange du Seigneur.
 

LE   PSAUME  22  

          1             Au maître du chant. Sur la biche de l’aurore. Psaume de David.

        2            Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
                        Loin  de mon salut, des paroles que je rugis !

          3            Mon Dieu, j’appelle le jour et tu ne réponds pas,
                        et la nuit, il n’y a que le silence pour moi
.

           4            Mais toi, le Saint,  toi qui habites les louanges d’Israël,

          5            en toi nos pères ont eu confiance,
                        ils ont eu confiance et tu les as délivrés,

         6             Ils ont crié vers toi et ils échappaient,
                        En toi ils ont eu confiance et ils n’ont pas été déçus

          7            Mais moi je suis un ver et plus un homme
                        Opprobre des gens (de l’Adam) et méprisé du peuple.

          8            Tous ceux qui me voient se moquent de moi,
                        Ils grimacent des lèvres, ils hochent la tête :

          9           Il a remis son sort au Seigneur : qu’il le délivre,
                        Qu’il le libère puisqu’il se plaît en lui.

          10          C’est toi qui m’as tiré du ventre,
                        qui m’as mis en confiance sur les seins de ma mère

          11       J’ai été jeté sur toi au sortir de la matrice.
                        Depuis le ventre de ma mère, tu es mon Dieu.

          12          Ne sois pas loin de moi car l’angoisse est proche
                        Et personne ne vient à mon
aide

           13          Me cernent des taureaux nombreux,
                        des puissants de  Bashan m’encerclent

          14         Ils ouvrent contre moi leur gueule,
                        lion déchirant et rugissant.

           15          Comme l’eau je me répands
                        et tous mes os se disloquent.
                        Mon cœur est pareil à la cire
                        Il fond au milieu de mes entrailles.

          16          Sec comme un tesson mon palais
                        et ma langue collée à mon gosier
                        A poussière de mort tu me réduis !

          17          Oui, me cernent des chiens,
                        une bande de fauteurs de mal  m’entoure,
                        ils  déchirent mes mains et mes pieds.

          18          Je peux compter tous mes os.
                        Eux me voient, me regardent. 

           19        Ils partagent entre eux mes habits,
                        Ils tirent au sort mon vêtement.

           20          Mais  toi, Seigneur, ne sois pas loin,
                        ô ma force, à mon aide, vite !

          21          Délivre de l’épée ma nephesh,
                        des griffes du chien mon unique (vie),

          22           sauve-moi de la gueule du lion,
                        et des cornes des buffles … Tu m’as répondu !

           23          Je veux raconter  ton nom à mes frères
                        Au milieu de l’assemblée je veux te louer.

           24          Vous qui craignez le Seigneur, louez-le !
                        Toute la descendance de Jacob, glorifiez-le 
                        et tremblez devant lui, toute la descendance d’Israël !

           25          Car Il n’a éprouvé ni mépris ni répugnance
                        pour le misérable dans sa misère
                        et il n’a pas caché sa face de lui
                        et quand il criait vers lui, il a entendu.

          26          Elle est de toi ma louange dans la grande assemblée
                        J’accomplis mes vœux devant ceux qui te craignent

           27          Les pauvres mangeront et seront rassasiés,
                        Ils loueront le Seigneur ceux qui le cherchent.
                        Que votre cœur vive à jamais !

           28          Ils se souviendront et se tourneront vers le Seigneur
                        tous les confins de la terre,
                        et elles se prosterneront devant toi toutes les familles des nations.

          29          Oui ! Au Seigneur la royauté, il domine sur les nations.

          30          Devant lui seul se prosterneront tous ceux qui gisent en terre,
                        Devant sa face se courberont tous ceux qui descendent à la poussière.

          30          Et moi je vis pour lui,

          31        et ma descendance le servira.
                     On fera le récit au sujet du Seigneur à la génération qui vient,
                     On proclamera sa justice au peuple qui va naître :
                     Oui : Il agit !
 
 



[1] Je traduis selon les suggestions du P. Tournay dans un article de Lumière et Vie, numéro 202, Prier les psaumes, page 46. Cette traduction respecte mieux le parallélisme des stiques du verset.

[2] Ouvrage cité, p. 224.

[3] Le schéma qui suit est proposé par A. Wénin dans Le livre des louanges, p.104

[4] P. Beauchamp, Psaumes nuit et jour, p 227.

[5] J. Trublet : Créés pour louer, p 23.

[6] Voir un sacrifice de paix offert en accomplissement d’un voeu à propos du Ps. 66, page 76.

[7] Les trois sont cités dans la bibliographie. Pour Dhorme et Alonso-Schökel au psaume étudié.

P. Grelot, p.90.


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