Conférences bibliques 2005-2006 "Lecture de quelques psaumes"   (4)

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LE PSAUME 118

Une liturgie de reconnaissance au Temple

Le psaume 118 fait partie des prières de reconnaissance adressées à Dieu au cours d'une cérémonie au Temple mais il est plus qu'un chant qui peut accompagner une liturgie, il est à lui seul une liturgie. En effet, le texte du psaume suggère une interprétation à plusieurs voix avec un chef de chœur et les réponses de l'assemblée des fidèles, l'intervention des prêtres, un personnage principal ou soliste dont le récit est au centre de la liturgie ; le psaume, enfin, comporte des rubriques, comme celles de nos livres liturgiques, qui décrivent les gestes et rites à accomplir au cours de la cérémonie, comme ce verset qui précise : Formez le cortège avec des bouquets de rameaux jusqu'aux cornes de l'autel.
Pour suivre le déroulement de cette liturgie et le rôle des différents participants, nous nous inspirerons des propositions de Pierre Grelot "(n1) et de Marina Mannati ;"(n2) cette présentation comporte naturellement une part de conjectures, et on peut en discuter tel ou tel détail, mais elle nous permet de rendre vivante la lecture de ce psaume en imaginant la liturgie au cours de laquelle il était chanté.

Lecture attentive du psaume

Chœur
Fidèles
1 Célébrez le Seigneur, car il est bon,
oui, sa fidélité est pour toujours !
Chœur
Fidèles
2 Que le dise Israël :
oui, sa fidélité est pour toujours !
Chœur
Fidèles
3 Que le dise la maison d'Aaron :
oui, sa fidélité est pour toujours !
Chœur
Fidèles
4 Que le disent ceux qui craignent Dieu :
oui, sa fidélité est pour toujours !

Le chœur qui anime la cérémonie invite les fidèles à célébrer, à louer le Seigneur (le tétragramme YHWH dans le texte écrit) non pas pour telle ou telle action mais parce qu'il est bon, que sa bonté se répand sur tous, en tout temps. Et les fidèles répondent : sa ''hesed'' est pour toujours ! Le mot hesed appliqué à Dieu désigne sa loyauté à l'égard de son allié ; cette loyauté se manifeste par des actes de tendresse, ce qui explique la traduction ''amour'' qu'on trouve parfois, mais le mot évoque d'abord l'Alliance passée entre Dieu et Israël : Dieu est notre allié pour toujours.
L'appel à célébrer est repris trois fois, comme dans le psaume 115, 9 -11 ; il est d'abord adressé à Israël, puis à la maison d'Aaron c'est-à-dire aux prêtres, descendants d'Aaron, puis aux craignant-Dieu, une expression qui désigne parfois les prosélytes non juifs mais englobe ici, probablement, tous ceux qui vénèrent le Dieu d'Israël. Et à chaque fois les fidèles présents dans le Temple répondent : oui, sa fidélité est pour toujours !

Soliste 5 Du fond de ma détresse, j'ai crié vers Yah,
Il m'a répondu et mis au large, Yah !
6 Le Seigneur est pour moi, je ne crains rien,
que peut me faire un homme ?
7 Le Seigneur est pour moi, parmi ceux qui m'aident,
et je regarde ceux qui me haïssent.

Le personnage principal prend la parole dans ces versets 5 à 7. Le verset 5 résume les étapes du salut : détresse, cri d'appel vers Dieu, réponse et mise au large. En hébreu la détresse est exprimée par un mot qui exprime la notion de lié, noué, serré, et le salut, à l'opposé, est signifié par un retour au large, à l'espace, à la respiration ample. Nous avons en français la même opposition puisque l'angoisse vient du latin angustiae, lieu étroit, et que la libération d'un prisonnier est appelée son élargissement. On retrouve souvent dans les psaumes cette opposition entre la détresse et l'élargissement, par exemple au psaume 4,2 : dans la détresse, tu m'as mis au large, au psaume 25,17 : que les détresses de mon cœur soient élargies et au psaume 18, en 7 dans mon angoisse et en 20 il m'a fait sortir vers le large. Rien ne nous est dit ici de la nature du danger qui pourrait être une maladie grave ou une épidémie mais la suite du texte laisse penser que le péril vient d'un assaillant et que le resserrement pourrait être le fait de l'ennemi assiégeant la ville.
Le soliste poursuit au v. 6 et, en hébreu, son affirmation est forte et concise, le premier stique tient (en hébreu) en quatre mots : YHWH à moi non je-crains et le second stique y répond en quatre mots aussi : que ferait à-moi un-homme, le début du verset Adonaï li (pour moi) s'oppose à la fin li adam.
Il reprend ce thème au v. 7 : Le Seigneur est pour moi (même début que le verset précédent Adonaï li) parmi ceux qui m'aident. Le sens littéral des mots : parmi ceux qui m'aident laisse entendre que le Seigneur, même si je ne le vois pas, est au milieu de ceux qui me soutiennent. Le second stique dit simplement : je regarde ceux qui me haïssent mais les traducteurs, pour être sûrs que nous comprenions, forcent souvent le trait en ''je toise'' ou ''je brave'' ; le sens de ce stique est que je leur fais face sans baisser les yeux.

Chœur 8 Mieux vaut se réfugier près du Seigneur
que faire confiance à un homme !
9 Mieux vaut se réfugier près du Seigneur
que faire confiance à des puissants.

Le ton change aux versets 8 et 9 ; nous venons d'entendre le fier langage du guerrier, le chœur adopte maintenant le ton sentencieux des livres de sagesse pour tirer la leçon du récit : il vaut mieux se réfugier près du Seigneur que se fier à des hommes, fussent-ils puissants.

Soliste 10 Toutes les nations m'ont encerclé,
au nom du Seigneur, oui, je les ai taillées en pièces !
11 Elles m'ont encerclé, encerclé,
au nom du Seigneur, oui, je les ai taillées en pièces !
12 Elles m'ont encerclé comme des abeilles,
elles se sont éteintes comme un feu de ronces,
au nom du Seigneur, oui, je les ai taillées en pièces !

Toutes les nations païennes, les ''goïm'' en hébreu, m'ont encerclé, et ''encerclé'' est répété quatre fois dans ces versets 10 à 12 ; elles m'entouraient comme des abeilles ou des guêpes et cette image des abeilles figure en Deutéronome 1, 44 : Alors les Amorites (un des peuples de Canaan) qui habitent cette montagne sont sortis à votre rencontre et, comme un essaim d'abeilles, ils vous ont poursuivis. Et comment lutter contre un essaim en colère ? Pourtant le danger a cessé comme un feu de ronces ou de paille qui s'éteint vite, faute d'aliment. Ce salut miraculeux contre des ennemis nombreux et dangereux est le fait du Seigneur dont celui qui parle est le champion.

Le verbe rendu ci-dessus par je les ai taillées en pièces pourrait signifier littéralement : je les fais circoncire. Il pose un problème aux traducteurs : serait-ce une allusion à David qui fut contraint de rapporter des prépuces comme dot pour obtenir la fille du roi Saül ? S'agirait-il de conversions forcées ? Aucune de ces hypothèses ne parait satisfaisante et ni la Septante, ni la Vulgate, n'évoquent la circoncision. Le verbe est sans doute utilisé en son sens d'origine : couper, tailler.

Soliste 13 Tu m'as poussé, poussé à me faire tomber,
mais le Seigneur m'est venu en aide.
14 Ma force et mon chant de guerre, c'est Yah !
Je lui dois la victoire !

Le texte hébreu dit : Tu m'a poussé et le verbe est répété ; à qui s'adresse celui qui parle ? Avec Rachi, je pense qu'il s'adresse à l'ennemi, à l'Adversaire qui voulait sa chute mais le Seigneur est venu à son aide et, pour dire sa joie et sa reconnaissance, il reprend en v. 14 les mots du Cantique que Moïse a chanté avec le peuple à la sortie de la mer des Joncs (Exode 15, 2).

Rubrique 15 Clameur de joie et de victoire dans les tentes des justes.

Le stique 15a est une de ces rubriques dont nous avons parlé en présentant le psaume. Les tentes se réfèrent aux habitations de Jérusalem et les justes (mot qui a parfois le sens de victorieux) sont le peuple d'Israël : les justes sont invités à pousser des cris de joie, des acclamations de victoire.

Choeur 16 La droite du Seigneur a fait un exploit !
La droite du Seigneur m'a relevé!
La droite du Seigneur a fait un exploit !

Le chœur loue la droite du Seigneur, sa main droite qui tient l'épée pour défendre Israël, sa droite qui exalte ou relève et ces exclamations renvoient à Exode 15, 6 : Ta droite, Seigneur, éclatante de puissance, ta droite, Seigneur, fracasse l'ennemi, car le peuple vient de voir une action divine comparable aux prouesses de l'Exode.

Soliste 17 Non, je ne mourrai pas mais je vivrai
et je raconterai les œuvres de Yah.
18 Il m'a corrigé, corrigé, Yah,
mais à la mort, il ne m'a pas livré.

Les versets 17 et 18 sont la pointe du poème pour deux raisons ; d'abord, le personnage principal dit maintenant que le danger qu'il a couru le mettait en péril de mort, il a été à la limite de la vie et de la mort, mais Dieu ne l'a pas donné, livré, à la mort. Et, d'autre part, il interprète les malheurs qui l'ont frappé comme une forme de correction et d'éducation dirigée par Dieu. Cette formation par la mise à l'épreuve est souvent évoquée dans l'Écriture, notamment dans le Deutéronome où la vie est liée à l'observance des commandements, où Dieu éduque Israël comme son enfant : Et tu reconnais avec ton cœur que le Seigneur ton Dieu faisait ton éducation comme un homme fait celle de son fils (8, 5). Par l'action de Dieu, j'ai été près de mourir, par son action je suis en vie et, vivant, je peux conter l'œuvre de Dieu.

La seconde partie du psaume va commencer. Selon P. Grelot, " le peuple en procession arrive devant la porte du parvis où se déroulera la fin de la liturgie. Alors un dialogue s'engage entre le soliste, qui parle au nom des fidèles, et les prêtres qui sont placés à l'intérieur du parvis. "

Soliste 19 Ouvrez-moi les portes de justice,
que j'entre par elles pour célébrer Yah !
Prêtres 20 Voici la porte du Seigneur,
que les justes entrent par elle !

Le protagoniste demande l'ouverture des portes du Temple, appelées ''portes de justice'' parce que seuls les justes peuvent la franchir, pour célébrer Yah dans son sanctuaire. Les prêtres ouvrent les portes et il entre en tête de la foule des fidèles.

Soliste 21 Je te célèbre car tu m'as répondu
et tu fus pour moi le salut.

Il s'adresse directement à son Dieu et le ''Tu'' apparaît pour la première fois. Il évoque son appel dans la détresse et la réponse divine : Tu m'as répondu puis il reprend en Tu l'expression du Cantique de la mer qu'il avait prononcée à la troisième personne plus haut, au v. 14 : Tu fus pour moi la salut.

Prêtres 22 La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la tête d'angle.

Les prêtres tirent une leçon de ce salut en citant un dicton de style sapientiel. Les constructeurs ont refusé d'utiliser une pierre qui a ensuite été utilisée comme tête de l'angle formé par deux murailles opposées ou comme couronnement au fronton de l'édifice. Le dicton exprime un retournement complet de la situation : ce qui était abaissé, méprisé et mis au rebut, devient le fondement de l'édifice.
On trouve en Isaïe 28, 16 la même image : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que je pose en Sion une pierre à toute épreuve, une pierre angulaire, précieuse, établie pour servir de fondation. Celui qui s'y appuie ne sera pas pris de court.

Chœur 23 Ça, c'est bien du Seigneur,
c'est une merveille à nos yeux.
24 Voilà le jour où le Seigneur a agi.
Dansons, réjouissons-nous en lui!

La foule reconnaît la manière d'agir du Seigneur et le dit familièrement ; c'est encore une merveille, un nouvel acte prodigieux du Seigneur qui rappelle la sortie d'Égypte, la merveille première ; une fois encore, il a agi, et la communauté se réjouit en son Seigneur.

Chœur 25 Sauve Seigneur, sauve donc !
Donne, Seigneur, donne donc la victoire !
26 Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient !
Prêtres
Chœur
27 Nous vous bénissons depuis la Maison du Seigneur.
Le Seigneur est notre Dieu ! Qu'il nous illumine !

Le chœur, au nom de la foule, demande au Seigneur qu'il poursuive son action de salut : Hoshia-na, dit-il, un impératif employé ici au sens propre : Sauve de grâce ! (plus tard cet impératif sera abrégé en Hoshana, transcrit en français par Hosanna, et deviendra une acclamation). Il demande que Dieu agisse jusqu'à la victoire définitive.
Le chœur demande ensuite que le personnage principal qui vient, qui va entrer, soit officiellement béni au nom du Seigneur pour poursuivre sa mission . "(n3)
Et les prêtres répondent en bénissant le protagoniste et toute la foule. La bénédiction est donnée au nom du Seigneur, comme l'enseigne Nombres 6, 22-27 : Ils imposeront mon nom sur les fils d'Israël et moi je les bénirai et le texte de la bénédiction de Nombres comporte notamment ces mots : Que le Seigneur illumine vers toi sa face !
La foule répond à la bénédiction : elle proclame que le Seigneur est son Dieu et demande : Que le Seigneur nous illumine en reprenant une des formules de la bénédiction.

Rubrique Formez le cortège, rameaux en mains,
jusqu'aux cornes de l'autel.

La suite du verset 27 donne des indications pour le déroulement de la célébration : les fidèles s'avancent en procession jusqu'à l'autel en agitant des rameaux ; la mention des branches fait penser à la fête de Soukkot (ou fête des Tentes) au cours de laquelle on agite joyeusement, conformément à Lévitique 23, 40, quatre espèces végétales : un rameau de palmier, un cédrat (fruit proche du citron), des brindilles de myrte et des branches de saule, pendant la récitation du Hallel.

Soliste 28 Mon Dieu, c'est toi, et je te célèbre,
mon Dieu, et je t'exalte
Tous 29 Célébrez le Seigneur, car il est bon,
oui, sa fidélité est pour toujours !

Le soliste dit solennellement en s'adressant à Dieu :Mon Dieu (c'est) Toi, puis il reprend le je te célèbre qu'il avait dit au verset 21 ; et il ajoute je t'exalte c'est à dire je loue ta hauteur, ta grandeur.
Tous les participants à la liturgie reprennent en chœur les paroles du premier verset, célébrant la fidélité du Seigneur à son alliance qui se manifeste par d'incessants actes de bonté.

Lecture suivie du psaume

Chœur
Fidèles
1 Célébrez le Seigneur, car il est bon,
oui, sa fidélité est pour toujours !
Chœur
Fidèles
2 Que le dise Israël :
oui, sa fidélité est pour toujours !
Chœur
Fidèles
3 Que le dise la maison d'Aaron :
oui, sa fidélité est pour toujours !
Chœur
Fidèles
4 Que le disent ceux qui craignent Dieu :
oui, sa fidélité est pour toujours !
Soliste 5 Du fond de ma détresse, j'ai crié vers Yah,
Il m'a répondu et mis au large, Yah !
6 Le Seigneur est pour moi, je ne crains rien,
que peut me faire un homme ?
7 Le Seigneur est pour moi, parmi ceux qui m'aident,
et je regarde ceux qui me haïssent.
Chœur 8 Mieux vaut se réfugier près du Seigneur
que faire confiance à un homme !
9 Mieux vaut se réfugier près du Seigneur
que faire confiance à des puissants.
Soliste 10 Toutes les nations m'ont encerclé,
au nom du Seigneur, oui, je les ai taillées en pièces !
11 Elles m'ont encerclé, encerclé,
au nom du Seigneur, oui, je les ai taillées en pièces !
12 Elles m'ont encerclé comme des guêpes,
elles se sont éteintes comme un feu de ronces,
au nom du Seigneur, oui, je les ai taillées en pièces !
13 Tu m'as poussé, poussé à me faire tomber,
mais le Seigneur m'est venu en aide.
14 Ma force et mon chant de guerre, c'est Yah !
Je lui dois la victoire !
Rubrique 15 Clameur de joie et de victoire dans les tentes des justes.
Choeur 16 La droite du Seigneur a fait un exploit ! La droite du Seigneur m'a relevé!
La droite du Seigneur a fait un exploit !
Soliste 17 Non, je ne mourrai pas mais je vivrai
et je raconterai les œuvres de Yah.
18 Il m'a corrigé, corrigé, Yah,
mais à la mort, il ne m'a pas livré.
19 Ouvrez-moi les portes de justice,
que j'entre par elles pour célébrer Yah !
Prêtres 20 Voici la porte du Seigneur,
que les justes entrent par elle !
Soliste 21 Je te célèbre car tu m'as répondu
et tu fus pour moi le salut.
Prêtres 22 La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la tête d'angle.
Chœur 23 Ça, c'est bien du Seigneur,
c'est une merveille à nos yeux.
24 Voilà le jour où le Seigneur a agi.
Dansons, réjouissons-nous en lui!
25 Sauve Seigneur, sauve donc !
Donne, Seigneur, donne donc la victoire !
26 Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient !
Prêtres
Chœur
27 Nous vous bénissons depuis la Maison du Seigneur.
Le Seigneur est notre Dieu ! Qu'il nous illumine !
Rubrique Formez le cortège, rameaux en mains,
jusqu'aux cornes de l'autel.
Soliste 28 Mon Dieu, c'est toi, et je te célèbre,
mon Dieu, et je t'exalte
Tous 29 Célébrez le Seigneur, car il est bon,
oui, sa fidélité est pour toujours !

Qui parle dans ce psaume ?

Le personnage qui joue le rôle principal dans ce psaume vient au Temple pour célébrer une victoire. Pour avoir une fonction aussi importante dans la cérémonie, pour avoir affronté l'ennemi, sans doute à la tête des armées, il fallait qu'il fût roi ou prince. Mais le poème est tardif, postérieur à l'exil selon la plupart des commentateurs, datant donc d'une époque où il n'y avait plus de roi. On a cherché aussi parmi les personnages historiques qui ont vécu après l'exil et on a pensé à Zorobabel, un descendant de David qui fut nommé gouverneur de Judée par les Perses, ou à tel ou tel grand prêtre, mais aucun de ces candidats n'a remporté une grande victoire militaire.
Aujourd'hui on admet généralement que le ''Je'' du psaume est le peuple d'Israël qui doit affronter l'hostilité des nations païennes et compte, pour survivre, sur l'Alliance passée avec le Seigneur car sa fidélité est éternelle.
Sans faire référence à des évènements précis, le psaume évoque plusieurs interventions divines de salut qui montrent la fidélité du Dieu d'Israël. Ainsi le nom divin ''Yah'' qui figure aux versets 14, 17 et 18 fait penser à la sortie d'Égypte et au Cantique de la mer en Exode 15, et ce Cantique est cité en 14a et il y est de nouveau fait allusion en 16. Les versets 10 à 12, qui parlent d'une victoire rapide contre de nombreuses nations ennemies, font peut-être allusion à la conquête de la Terre Promise. Le combat au nom du Seigneur reprend les paroles de David défiant Goliath, ce David qui lui-même fut souvent encerclé par ses ennemis. La mort toute proche des versets 17-18 serait-elle l'exil qui a failli provoquer la disparition d'Israël ?
Le psaume 118 est sûrement lié à la Fête des Tentes. Celle-ci est la troisième des fêtes de pèlerinage avec Pâque et Pentecôte (Deut. 16, 13-16) mais à la différence des deux autres, elle n'a pas été reprise dans l'année liturgique des chrétiens. A cette occasion le Temple était illuminé et le verset 27a y fait peut-être allusion, les fidèles agitaient un bouquet de quatre plantes qui est probablement le bouquet auquel se réfère 27b.
La Fête des Tentes (ou Fête de Soukkot, des cabanes ou tentes) a lieu à l'automne. Pendant huit jours on vit sous un abri fragile de branchages, construit dans le jardin, sur la terrasse ou le balcon, en souvenir de la vie au désert, et aussi pour dire que nous n'avons pas de demeure véritable sur cette terre et que Dieu est notre seul abri. La fête est un rappel de l'Exode et des grandes interventions de salut dans le passé, une louange pour la protection divine donnée chaque jour, elle est aussi célébrée dans l'attente des derniers jours, de la venue du Messie , fils de David, et du salut définitif.
Le psaume 118 peut être lu à la lumière de Soukkot, dans la joie de l'Alliance et l'attente des temps messianiques. Le roi mis en scène, ce nouveau Moïse et ce nouveau David, c'est le Roi-Messie.

Lecture chrétienne du psaume 118

Le psaume 118 est le psaume pascal par excellence comme l'enseigne la tradition qui s'appuie sur les références à ce psaume dans le Nouveau Testament.
Deux passages du psaume y sont cités plusieurs fois, le verset 22 (avec parfois le verset 23) qui parle de la pierre angulaire et les versets 25 et 26 qui commencent par ''hoshia-na'', ''sauve-donc !'' et demandent la bénédiction sur celui qui vient.

Dans les trois évangiles synoptiques Jésus raconte la parabole des vignerons homicides, ces vignerons qui battent et renvoient les serviteurs que le maître de la vigne leur envoie pour percevoir sa part du produit de la vigne et qui, lorsque finalement il envoie son propre fils, n'hésitent pas à le tuer. Et les trois synoptiques citent, comme une conclusion à cette parabole, le verset 22 du psaume 118 : La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle. Luc 20, 17, cite seulement ce verset. Matthieu 21, 42 et Marc 12, 10 citent aussi le verset 23 d'après la version grecque : C'est là l'œuvre du Seigneur, quelle merveille à nos yeux !
Dans le psaume ce passage évoquait la restauration du peuple d'Israël après son retour d'exil. En lisant ce texte après la résurrection, on comprend qu'il peut être appliqué à Jésus dont la mort vient d'être annoncée sous la figure du fils du maître de la vigne : le rejet de Jésus par les autorités juives est comparable à la mise au rebut de la pierre mais Jésus ressuscité ''devient la pierre angulaire du nouvel édifice qui constituera le " peuple de Dieu " dans l'avenir "(n4)

La pierre rejetée par les bâtisseurs est citée aussi dans les Actes des apôtres. Pierre a guéri un infirme à la porte du Temple au nom de Jésus Christ. Il fait un discours au peuple pour expliquer ce qui est arrivé et il est arrêté par les autorités juives. Le lendemain, il prend la parole devant le Sanhédrin réunissant les chefs, les anciens et les scribes et, interrogé sur le pouvoir par lequel il a guéri cet infirme, il répond (4, 10) : C'est par le nom de Jésus Christ le Nazôréen, crucifié par vous, ressuscité des morts par Dieu que cet homme se trouve là, devant vous, guéri. Et Pierre traduit aussitôt cette affirmation, en 4, 11, par l'image du psaume 118,22 : C'est lui la pierre que vous, les bâtisseurs, aviez mise au rebut et qui est devenue la pierre angulaire. Pierre poursuit : Il n'y a aucun salut ailleurs qu'en lui, car il n'y a sous le ciel aucun autre nom offert aux hommes qui soit nécessaire à notre salut.

Dans sa première lettre Pierre (2, 4-8) cite aussi le verset 118,22 et il associe la pierre d'angle à deux passages d'Isaïe ; l'un (28,16) où le prophète dit : Voici je pose en Sion une pierre angulaire, choisie et précieuse, et celui qui met en elle sa confiance ne sera pas confondu, un passage qui met donc en valeur le rôle positif de la pierre, honneur pour les croyants ; puis Pierre cite un autre passage d'Isaïe (8,14) où celui-ci parle de pierre d'achoppement, de roc qui fait tomber et cette citation montre que la pierre peut aussi être occasion de chute. Un angle se trouve à la charnière de deux directions et il faut choisir.

La lettre aux Éphésiens de Paul contient aussi en 2,20 une allusion au même verset du psaume : Vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondation les apôtres et les prophètes (de l'église primitive) et pour pierre d'angle le Christ Jésus lui-même.

Les références nombreuses à ce passage (les synoptiques, les Actes, Pierre, Paul) manifestent que l'application au Christ du thème de la pierre angulaire a constitué assez tôt un bien commun de l'Eglise primitive.

Les trois synoptiques ainsi que Jean citent, d'autre part, les versets 25 et 26a comme cri d'acclamation de la foule tenant des rameaux à la main à l'entrée de Jésus, monté sur un âne, à Jérusalem.
Marc (11,9-10) raconte que ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient : " Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le règne qui vient, le règne de David notre père ! Hosanna au plus haut des cieux !". On note que le verbe hébreu '' Sauve donc !'' est devenu une acclamation et que le sens de ''Celui qui vient '' est précisé par une mention qui lui donne explicitement un sens messianique en référence à la royauté, à David et donc au successeur attendu de David. On peut donc lire maintenant 26a en liant au nom du Seigneur à celui qui vient comme nous le faisons dans la récitation du Sanctus.
Matthieu ajoute ''Fils de David'' au hosanna : Hosanna au fils de David. Comme Marc, mais de manière différente, il donne aux acclamations un sens messianique. Plus loin, en 21, 15, Matthieu note que les enfants reprennent dans le Temple la même acclamation.
Luc écarte pour ses lecteurs grecs le mot hébreu hosanna et chez lui les disciples disent (19,38) : Béni soit celui qui vient, le roi, au nom du Seigneur ! Luc ajoute au verset 26a du psaume les mots ''le roi'' pour dire clairement que Jésus est acclamé comme le Roi Messie. Et Luc poursuit : Dans le ciel paix et gloire dans les hauteurs, évoquant le chant des anges à la naissance de Jésus en 2,14, chant qui est maintenant repris par les disciples.
Chez Jean, Jésus est acclamé par la foule venue à la fête à Jérusalem (12, 13) Ils criaient : " Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d'Israël.

Notre Pâques célèbre la mort et la résurrection de Jésus Christ et le psaume peut nous aider à en méditer les étapes. L'essaim des ennemis qui l'entourent et cherchent à l'abattre. L'adversaire qui le pousse pour le faire tomber. Sa confiance qui n'est pas placée dans les hommes mais en Dieu, son Père. Le Père qui l'a mis à l'épreuve mais ne l'a pas livré définitivement à la mort, et l'a ressuscité. Puis glorifié, Jésus est entré en vainqueur dans le sanctuaire céleste.
Le Christ est maintenant la pierre d'angle du nouveau temple qui est son Église. Il est la tête de son corps que nous formons, que nous sommes. C'est avec Lui qui est à notre tête, et par Lui, que nous rendons grâce au Père, que nous pouvons nous approprier le psaume 118, le faire nôtre et louer Dieu avec les mots du 118 parce qu'Il ne nous a pas laissé au pouvoir de la mort, parce qu'il est bon, parce que son Alliance est pour toujours.

Les principaux thèmes du Hallel

Nous avons parcouru ensemble les six psaumes de louange du Hallel. Nous pouvons en résumer brièvement les thèmes principaux.
Le psaume 113 nous invite à louer Dieu toujours et à jamais. Notre Dieu est à la fois très haut sur son trône et très bas pour être proche de nous. Il veille sur les pauvres, les humbles, les relève et les fait siéger près de lui.
Le psaume 114 évoque la réaction du monde créé à la sortie d'Egypte, à l'intervention de Dieu dans l'histoire en faveur de son peuple. Les éléments se soumettent à la volonté de leur Créateur.
Le psaume 115 oppose notre Dieu qui fait ce qu'il veut et poursuit son dessein, et les idoles impuissantes des nations. Mettons notre confiance en notre Dieu et nous, les vivants, bénissons-le à jamais.
Le psaume 116 exprime l'amour du fidèle pour Dieu qui écoute sa prière et le sauve de la mort. Que peut faire un homme en retour de ses bienfaits ? Invoquer son nom, offrir des sacrifices d'action de grâces, en présence de tout son peuple à Jérusalem.
Le psaume 117 invite toutes les nations à se joindre aux fils d'Israël pour louer le Seigneur car elles voient comment ce Dieu agi avec puissance et tendresse en faveur de son peuple.
Le psaume 118 célèbre la fidélité éternelle du Seigneur. Quand il est avec nous, nous n'avons rien à craindre : il nous a sauvé de tous nos ennemis et nous sauvera à l'avenir. Nous entrerons dans la Maison du Seigneur.
_____________________

n1 Pierre Grelot : Le mystère du Christ dans les Psaumes, Desclée 1998 p. 218.
n2 Marina Mannati : Pour prier avec les psaumes, Cahiers Evangile 13, 1975, p. 26.
n3 Dans le psaume, les mots au nom du Seigneur concernent la bénédiction qui est donnée au nom du Seigneur ; en rattachant au nom du Seigneur à celui qui vient, on donne à ce verset un sens messianique, on demande que soit béni celui qui vient au nom du Seigneur, l\'envoyé de Dieu, le Messie.
n4 P.Grelot Le mystère du Christ dans les psaumes, page 225.

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