Fête de l’Immaculée Conception, 8 décembre 2005
Chapelle de la rue du Bac – Paris
Homélie de Mgr Michel SANTIER

          La fête de l’Immaculée Conception coïncide cette année avec la clôture du Jubilé du 175ème anniversaire des apparitions de la Vierge Marie à sainte Catherine Labouré. Le 27 novembre 1830, selon son témoignage, la Vierge Marie lui a révélé sa mission. « Il s’est formé un tableau autour de la Sainte Vierge où il y avait écrit ces paroles en lettres d’or : Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ».

          Cette invocation « Ô Marie conçue sans péché », sainte Catherine a reçu mission de la répandre dans le peuple de Dieu, à travers la médaille miraculeuse, bien avant la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception, par le pape Pie IX, le 8 décembre 1854.

          Le dogme est une affirmation de foi reconnue officiellement par l’Eglise. Avant d’être un dogme récent, la foi en l’Immaculée Conception a pris naissance dans le peuple chrétien. La piété populaire exaltant la Vierge conçue sans péché remonte au XIIIème siècle avant saint Bernard, et en Orient à une période encore plus ancienne.

          C’est à la Normandie que revient l’honneur d’avoir introduit au XIème siècle la fête de l’Immaculée Conception en France. Revanche de l’Angleterre puisque la fête était depuis longtemps célébrée dans ce pays où la Conception de Marie était fêtée avant la bataille d’Hastings.

          Permettez-moi un peu d’humour et d’être fier de mes origines normandes, puisque la fête de l’Immaculée Conception fut appelée « la fête aux Normands ».

          1ère partie. Il faut tout de suite écarter un contresens : l’Immaculée Conception n’a rien à voir avec un mépris de la femme ou de la sexualité.

          1.1. La foi de l’Eglise en l’Immaculée Conception s’enracine d’abord dans la Parole de Dieu, l’Evangile de l’Annonciation que nous venons d’entendre. Dieu a eu besoin du oui d’une femme pour venir à la rencontre de l’humanité et lui apporter la joie du salut. L’Annonciation est une formidable nouvelle : Dieu désire donner son Fils à notre humanité pour traverser les épreuves et ses souffrances par la beauté et la pureté de l’Amour.

          1.2 La foi de l’Eglise en l’Immaculée Conception est liée à la confession de Marie comme Mère de Jésus à la fois et inséparablement Homme et Dieu.

          Si Marie a été préservée du péché, c’est par une grâce qui lui vient de la mort de son Fils. Elle a été rachetée du péché comme nous, mais pour elle Dieu a anticipé cette grâce pour qu’elle puisse devenir la Mère de son Fils, car Dieu Saint ne peut pas être atteint par le péché.

          Pour accueillir le Fils de Dieu, Marie ne pouvait avoir en son cœur aucune trace de refus. Dieu avait besoin que le don de son amour rencontre une foi parfaitement pure, une âme sans péché. Marie « comblée de grâce » ainsi nommée par l’ange, s’est laissée transformer par la grâce, la grâce d’être la Mère du Sauveur, du Fils de Dieu. Sa vie n’a été qu’un oui à l’amour de Dieu.

          2ème partie. La foi de l’Eglise en l’Immaculée Conception est un formidable message d’espérance en ce temps de l’Avent.

          Elle nous dit que Marie, par la grâce de Jésus, a été totalement préservée du péché originel, autrement dit que nous aussi, par la grâce de Jésus, nous pouvons lutter victorieusement contre le péché et le vaincre dans notre vie.

          Si Marie est associée à son Fils dans une victoire totale sur les forces du Mal, ce que Dieu a fait pour Marie, il l’a fait pour nous à notre baptême. Dieu nous invite à partager la joie et la sainteté de Marie.

          Nous pouvons compter sur la puissance de la grâce de l’amour de Dieu pour dominer toute tendance mauvaise en nous. L’exemple de sainte Catherine Labouré, qui comme Marie s’est laissée envahir par l’amour, nous dit que ce chemin est possible.

          Vous venez prier dans cette chapelle où la Vierge Marie a confié à sainte Catherine qu’au milieu des difficultés et des souffrances du temps présent, il ne faut pas se laisser prendre par le découragement. « Venez au pied de cet autel. Là, les grâces seront répandues sur toutes les personnes qui les demanderont avec confiance et ferveur. Elles seront répandues sur les grands et les petits ».

          Sur cet autel, ce matin, nous allons célébrer l’eucharistie qui rend présent le sacrifice d’amour de Jésus sur la Croix. Lorsque nous viendrons communier au Corps de Jésus mort et ressuscité, nous recevons les grâces qui nous viennent de la mort de Jésus sur la Croix : la libération de la mort et du péché. C’est cette grâce venant déjà de la mort de son fils que Marie a reçu dès sa conception.

          Mais Marie, en union avec son Fils, a désiré que ces grâces se répandent très largement dans tout le peuple de Dieu, auprès des ouvriers, des plus pauvres, des plus petits, et dans le monde entier. C’est la raison pour laquelle elle a demandé ici à sainte Catherine :
« Faites frapper une médaille. Les personnes qui la porteront recevront de grandes grâces : les grâces seront abondantes pour les personnes qui auront confiance ».
« Ces rayons que vous voyez, ce sont les grâces que je répands sur les personnes qui me les demandent ».
« Ces Pierres qui restent dans l’ombre figurent les grâces qu’on oublie de me demander ».


          Cette médaille et ces paroles transmises par Sainte Catherine nous redisent que nous sommes aimés de Dieu, que nous avons du prix à ses yeux. Ce qu’il nous demande simplement pour nous combler, c’est de nous approcher de lui, avec foi et confiance.

          La médaille est un moyen que Marie a choisi pour pouvoir répandre l’amour de son fils, à une multitude d’hommes et de femmes, de jeunes et d’enfants. Elle a choisi ce moyen simple pour rejoindre toute homme et toute femme, faire rayonner le charisme de charité de saint Vincent de Paul et sainte Louise Marillac, vécu depuis plusieurs siècles par les sœurs de la charité et les pères Lazaristes.

          Ces grâces d’amour, de consolation que nous recevons ici, nous ne pouvons les garder pour nous, comme si nous avions les mains fermées. Au contraire, comme Marie, nous sommes invités à avoir les mains ouvertes pour rayonner cet amour de Jésus tout autour de nous, en étant à l’écoute de ceux qui souffrent. L’urgence aujourd’hui dans notre monde traversé par tant de souffrances est le ministère de la consolation au cœur de cette grande métropole qu’est Paris et ses banlieues.

          En cette fête de Marie, Jésus nous envoie comme témoins de sa consolation par l’écoute de tous ceux qui disent « personne ne prend jamais le temps de m’écouter ». Pour pouvoir écouter en profondeur ceux qui souffrent, il est important d’abord comme Marie et sainte Catherine Labouré d’écouter le Seigneur, de prendre le temps de s’asseoir pour méditer sa parole. Seul un cœur qui écoute peut entendre les grandes souffrances et les apaiser.

          « Quant à Marie, elle retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur ». Que notre écoute du Seigneur avec Marie nous permette de tendre l’oreille pour entendre les cris que personne n’entend et ainsi devenir des consolateurs, marcher avec ceux qui sont seuls.