TEMOIGNAGE DE NICOLLE CARRE

Il y a trois mois. j'ai rencontré pour la prenùère fois un certain nombre d'hommes et (surtout) de femmes venus de divers lieux de la région parisienne pour parler de ce qu'ils vivaient comme veufs et veuves. La rencontre était à l'initiative du mouvement Espérance et Vie. Je trouvais l'idée bonne car je savais d'expérience combien la mort est un sujet tabou, quelle qu'en soit la forme. Je savais que ceux qui y sont confrontés sont bien trop souvent seuls, sans personne à qui pouvoir dire leur douleur et toutes les questions, les émotions qui les traversent. Je savais combien quand la vie est dure cela fait du bien d'être reconnu dans ce qu'on vit. Et je pensais à mon expérience de la grave maladie, aux semaines que j'avais passées au bord de la mort et pendant lesquels mon mari m'avait accompagnée; je pensais à lui qui. plusieurs fois, dans les années qui ont suivi, tandis que nous attendions les résultats de contrôle, m'a dit doucement "Que ferai-je, si tu meurs ? Que ferais-je sans toi ?". Qui l'aurait aidé, qui aurait accepté sa douleur ? Qui aurait su être présent même s'il n'avait pas eu envie de parler ?

On m'avait invitée en tant que psychanalyste. J'allais donc, me préparant à écouter et à parler. Cela fait partie de mon métier. Je m'attendais à trouver la tristesse: c'est normal quand on a perdu un être aimé. Je m'attendais à trouver des personnes âgées: c'est normal car ceux qui meurent le plus ce sont les plus âgés.

J'ai rencontré des jeunes avec des enfants à charge et pas seulement des personnes d'un certain âge. J'ai rencontré de l'amitié, de la fraternité entre les diverses générations. Surtout, j'ai rencontré ce à quoi je ne m'attendais pas: une grande qualité de relation, un grand accueil avec beaucoup de simplicité, sans mots creux inutiles et sans têtes longues. Il me semblait que la plupart des gens qui étaient là savaient mêler la vie et la mort. Ils se souvenaient en même temps qu'ils s'ouvraient à l'inconnu. Dans ce lieu on semble savoir donner du temps, le temps dont chacun a besoin pour ,vivre ce qu'il a à vivre.

J'ai interrogé: chacun. chacune vient le temps dont il a besoin. Chacun est accueilli, tel qu'il est. Des amitiés se nouent à travers des rencontres individuelles ou de petits groupes. Rien ne m'a semblé obligatoire; on propose. "Venez et voyez". Ne restez pas seul.


Nicolle Carré( janvier 2004)
Auteur de " Préparer sa mort "