LE CELIBAT DES PRETRES


Dans l'Ecriture Sainte :

Dans les religions antiques, il existait une sacralisation de la sexualité mais aussi de la virginité.
Par exemple certaines déesses étaient appelés vierges ( Artémis et Athéna). Cette virginité soulignait leur éternelle jeunesse et leur incorruptibilité.

Dans l'Ancien Testament :

L'abstinence du mariage ou le célibat pour Dieu est étranger à l'ancien Israël. Le célibat équivaut à la stérilité et était donc considéré comme une malédiction et une humiliation.
Deux exemples nous sont donnés par la fille de Jephté (Juges 11, 37) qui " pleure sa virginité " parce qu'elle n'aura pas de descendance et par Jérémie auquel le Seigneur demande de renoncer au mariage (Jérémie 16, 2) : " Ne prends pas femme ; n'ai en ce lieu ni fils ni fille ! Car ainsi parle YHWH sur les fils et les filles qui vont naître en ce lieu …: Ils mourront de male mort sans avoir ni pleurs ni sépulture ". On le voit cette demande est une malédiction, le signe du massacre des enfants d'Israël.
Par contre la virginité avant le mariage est louée. Par exemple Rébecca : " La jeune fille était très belle, elle était vierge, aucun homme ne l'avait approchée " (Genèse 24, 16). Les grands prêtres ne pouvaient épouser qu'une vierge (Lv 21, 13s ; Ez 44, 22).

La continence volontaire
Il en existe quelques cas
Judith reste veuve volontairement et mène une vie pénitente pour devenir la mère de son peuple (Jdt 8, 4 ; 16, 11- 22).
Les esséniens d'après Flavius Josèphe renonçaient au mariage par un souci de pureté légale.

Dans le Nouveau Testament

Modèles symboliques

Anne (Luc, 2 , 37) refuse de se remarier pour être plus étroitement unie au Seigneur dans son Temple.
Jean-Baptiste qui se nomme " ami de l'époux " mène une vie d'ascète pour préparer la venue du Messie.
Jésus lui-même sera célibataire.
Enfin Paul se décrit lui-même comme n'étant pas marié. Après avoir demandé aux époux chrétiens de ne pas se refuser l'un à l 'autre, il affirme: " Je dis toutefois aux célibataires et aux veuves de demeurer comme moi " (1 Co 7, 8)

Le sens dévoilé du célibat

Dans le Nouveau Testament, la Virginité rejoint paradoxalement celui des épousailles : l'union virginale du Christ et de l'Eglise qui symbolise le mariage (Ephésiens 5, 25-27)
Marie est la figure de la Vierge épouse, mais c'est surtout le Christ lui-même qui va révéler le sens surnaturel de la virginité. Ce n'est pas un commandement mais un appel personnel de Dieu :
" Tous ne comprennent pas ce langage, mais ceux seulement à qui c'est donné ".

Ce passif signifie l'œuvre de Dieu . C'est donc un don de Dieu.
Jésus continue
" Il y a, en effet, des eunuques qui sont nés ainsi du sein de leur mère, il y a des eunuques qui le sont devenus par l'action des hommes, et il y a des eunuques qui se sont eux-mêmes rendus tels en vue du Royaume des Cieux ; Comprenne qui pourra " (Matthieu 19, 10-12).
Ce don de Dieu est donc donné à ceux qui le comprennent et qui l'accueillent ; Le terme " eux-mêmes " désigne bien une réponse libre à un appel.
Il s'agit là d'une dimension spirituelle et eschatologique (tournée vers la vie en Dieu) nouvelle.

Saint Paul donne un autre argumentaire plus utilitaire :
" Je voudrais vous voir exempts de soucis. L'homme qui n'est pas marié a souci des affaires du Seigneur, des moyens de plaire au Seigneur. Celui qui s'est marié a souci des affaires du monde, des moyens de plaire à sa femme ; et le voilà partagé. " (1 Co 7, 32-34)

La tradition de l'Eglise

Le concile Vatican II rappelle que le célibat " n'est pas exigé par la nature du sacerdoce " (P.O. 16) et le pape Paul VI dit que " Jésus lui-même n'en a pas fait une condition préalable au choix des Douze, ni non plus les Apôtres à l'égard des hommes qui étaient préposés aux premières communautés chrétiennes (cf Tim 3, 2-5 ; Tit 1, 5-6) " (encyclique : Le célibat sacerdotal n° 5 ; 1967).
Les Pères de l'Eglise témoignent de la diffusion rapide de la pratique librement assumée du célibat chez les ministres sacrés.
Dès le IVè siècle, l'Eglise d'Occident renforça cette pratique du célibat sous l'influence de plusieurs conciles régionaux (Concile d'Elvire en Espagne.
Cette pratique fut toujours défendue par les pontifes en dépit de périodes de relâchement des mœurs et parfois de l'opposition venue d'une partie du clergé.
C'est au concile de Trente que l'obligation du célibat ecclésiastique fut solennellement demandé.

Enseignement de l'Eglise

On retrouve les deux raisons déjà présente dans les Ecritures :

Motif spirituel " le célibat consacré doit être vécu comme une nouveauté libératrice, comme un témoignage particulier de radicalisme à la suite du Christ et comme signe de la réalité eschatologique " (Congrégation pour le clergé : directoire pour le ministère et la vie des prêtres n° 58)
Il existe un " lien étroit entre le célibat et l'ordination sacrée, qui configure le prêtre à Jésus-Christ Tête et Epoux de son Eglise " (ibid.)

" Inséré sacramentellement dans ce sacerdoce d 'amour exclusif du Christ pour l'Eglise son épouse fidèle, par son engagement au célibat, le prêtre exprime cet amour qui alors devient source féconde d'efficacité pastorale "
(ibid.)

Le concile Vatican II avait développé ces affirmations et précisé que la configuration au Christ dans le célibat était un " signe et stimulant de la charité pastorale et source particulière de fécondité spirituelle dans le monde ". Que les prêtres ainsi consacrés " deviennent le signe vivant du monde à venir où les enfants de la résurrection ne prennent ni femme ni mari (Luc 20, 35-36) (P.O. n°16).

Paul VI dans l'encyclique " le célibat sacerdotal " souligne que " le motif véritable et profond du célibat consacré est le choix d'une relation personnelle plus intime et plus complète au mystère du Christ et de l'Eglise, pour le bien de l'humanité toute entière " (S.C. n°54) -
En référence au Seigneur, le pape dit aussi : " le Christ est resté durant toute sa vie dans l'état de virginité, qui signifie son dévouement total au service de Dieu et des hommes. Ce lien profond qui, dans le Christ, unit la virginité et le sacerdoce, se reflète en ceux à qui il échoit de participer à la dignité et à la mission du Médiateur et Prêtre éternel " (n° 21)

Motif pratique

Congrégation du Clergé : Directoire : " les ministres sacrés adhèrent plus facilement au Christ avec un cœur sans partage et se dédient plus librement au service de Dieu et des hommes " n° 58

Vatican II : " il leur est plus facile de s'attacher à lui sans que leur cœur soit partagé …., plus disponibles pour servir son royaume " (P.O. n°16)

Paul VI : " elle lui garantit certainement une liberté et une disponibilité plus grandes dans le ministère pastoral, dans la manière d'être activement et fraternellement présent au monde auquel le Christ l'a envoyé (Jean 17, 18) (n°32)

Objections courantes

1) L'Eglise méprise le mariage et la sexualité


Il y a eu une période où dans les écrits des pères de l'Eglise apparaît la tentation de l'encratisme (refus du mariage) Mais cette attitude n'a jamais été avalisée par les conciles ou les décisions de l'Eglise.
Au contraire fidèle à la tradition juive et aux enseignement du Christ, le mariage est un acte sacré en référence à Dieu. Jésus " que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a uni " (Matthieu 19, 6) et Saint Paul comparant l'union de l'homme et de la femme à l'union du Christ et de l'Eglise. Il parle d'un " grand mystère " mot grec qui traduit donnera le mot sacrement. (Ephésiens 5.)
Si l'union de la femme et de l'homme est sacralisée, la sexualité (comme pour les hébreux) n'est pas sacrée. Elle est le signe de l'altérité : " homme et femme il les créa, à son image, il les créa " (Genèse 1, 27). La différence sexuelle est le lieu de l'image de Dieu, car l'acceptation de l'altérité permet la relation qui accomplit la relation fondamentale qui existe entre les Personnes Divines de la Trinité. La relation sexuelle est bonne quand elle est ordonnée à sa double fin : l'union des personnes et la fécondité. Ainsi l'image de Dieu est achevée dans l'humanité où s'exprime la relation d'amour et la fécondité de la sainte Trinité. Le prêtre est véritablement époux. L'Eglise refuse le sacerdoce à un candidat qui mépriserait la femme ou le mariage.

2) Mépris de la vie

La vie n'est pas envisagée sous son seul aspect biologique. Le Christ n'a pas engendré dans l'humanité. Il a donné la vie éternelle, la vie de Dieu. Il a établi dans l'humanité ce qui n'appartient qu'à Dieu. Celui qui est configuré au Christ reçoit de lui cette fécondité surnaturelle. La vie est aimée et se déploit dans l'éternité de Dieu. Il existe vraiment une paternité spirituelle source de joie profonde puisqu'elle est ordonnée à la plus grande gloire de Dieu.

3) Pratique opposée à l'Eglise d'Orient

Les pères orientaux comme St Grégoire de Nysse , St Jean Chrysostome célèbrent la virginité qui prépare à la béatitude du monde à venir : " il convient que celui qui s'approche du sacerdoce soit pur comme s'il était aux cieux "(St J Chrys. " de sacerdocio " 1. III, 4)
La différence entre les orthodoxes et les catholiques n'est qu'une question de degré dans l'ordre. L'attachement de nos frères orientaux au célibat sacerdotal est manifesté par le fait que les évêques ne sont choisis que parmi les prêtres célibataires. Dans le catholicisme, c'est entre le diaconat et le presbytérat qu'existe le même appel au célibat.

4) Le protestantisme

La différence cette fois existe vraiment. Mais c'est dans la compréhension de l'ordre sacré. Pour les églises catholiques et orthodoxes le presbytérat est un état. Configurés au Christ par une ordination sacramentelle, c'est l'être tout entier du prêtre qui revêt le " caractère " (sphragis) sacré et éternel du Christ " unique grand prêtre ".
Pour nos frères protestants, le pasteur reçoit une fonction qu'il peut n'exercer que pour un temps. Il n'est pas marqué par un caractère sacré qui le configure au Christ pour que celui-ci pardonne et célèbre à travers lui. Pas de problème pour une union matrimoniale ou une fonction remplie par une femme.

5) Le célibat favorise le recul des vocations

Si nous nous référons à nos frères qui peuvent se marier (orthodoxes et protestants) le recul des vocations très sensible chez eux montrent que le problème est ailleurs.
Le nombre absolu de séminaristes est en augmentation. C'est dans les pays riches que les vocations reculent nettement. Il faut en chercher la cause dans la tiédeur et la perte du sens de Dieu dans la société et les familles. La vie spirituelle est trop souvent négligée ou absente et un choix de vie consacrée ne peut naître que dans l'intimité entretenue avec le Seigneur.

CONCLUSION

Dans l'Antiquité la sexualité et la virginité sont sacrées
Dans la Bible c'est l'union de l'homme et de la femme dans leur altérité, qui est sacrée : "à l'image de Dieu"
Le célibat sacerdotal ne prend sens que dans des épousailles mystiques.
Le prêtre ne refuse pas le mariage, il l'assume spirituellement. Conformé au Christ époux, il est substantiellement "époux de l'Eglise".