Conférences bibliques 2002-2003
Sommaire

" L'histoire de David "    (9)

DAVID REMET SON SALUT DANS LA MAIN DU SEIGNEUR


David et Abigaïl ( I Sam. 25, 1- 44)

(v1b-2a) David se mit en route et descendit au désert de Parân. Il y avait à Maôn un homme qui avait ses affaires à Karmel.
Avant de revenir à cet homme, quelques données géographiques. Il y a un désert de Parân dont on parle dans le livre des Nombres (v10,12. 12,16 …) mais il est situé beaucoup plus au sud que la région où se déroulent les aventures de David ; la Septante parle ici du désert de Maôn, celui où se trouvait David quand il échappa de peu à Saül (voir v23,24 et suivants); les cités de Maôn et de Karmel se trouvent à une quinzaine de km au sud d'Hébron, dans le pays de Juda. Précisons enfin que le Karmel cité dans ce texte n'a rien à voir avec le mont Carmel qui domine la mer au nord d'Israël.
Cet homme qui vivait à Maön et dont l'exploitation se trouvait à Karmel (v2b) était fort riche , il avait trois mille moutons et mille chèvres et il était à Karmel pour la tonte de son troupeau. (v3) Le nom de l'homme était Nabal et le nom de sa femme Abigaïl ; la femme était pleine de bon sens et belle à voir, l'homme était brutal et malfaisant , il était Calébite.
La première information que nous donne l'auteur sur l'un des deux nouveaux personnages de cette histoire est sa richesse ; et l'importance de son troupeau est exprimée ainsi : à lui, trois mille brebis et chèvres mille : cette construction en chiasme,fermée sur elle-même, traduit l'égoisme du personnage enfermé dans ses biens. C'est la période de la tonte, au printemps, qui est l'occasion d'une fête . L'homme se nomme Nabal (un nom qui ne présage rien de bon : insensé ou infâme) il est dur, brutal et mauvais dans ses actes. Et, enfin, le nom de son clan évoque le chien, un animal qui n'était guère prisé en Israël. Sa femme Abigaïl nous est au contraire présentée comme intelligente et belle.
(v4) David avait appris au désert que Nabal tondait son troupeau. (v5) Et il envoya dix jeunes gens . David dit aux jeunes gens : " Montez à Karmel. Vous irez trouver Nabal et vous le saluerez de ma part. (v6) Vous direz : Que l'année soit bonne ! Paix à toi, paix à ta maison, paix à tout ce qui est à toi ! (v7) Maintenant j'apprends qu'on fait la tonte chez toi. Or tes bergers ont été avec nous, nous ne les avons pas molestés et rien de ce qui leur appartenait n'a disparu , tout le temps qu'ils furent à Karmel. (v8)Interroge tes jeunes et ils t'informeront. Que mes jeunes gens trouvent grâce à tes yeux, car nous sommes venus un jour de fête. Donne donc ce que ta main trouvera à tes serviteurs et à ton fils David. "
David a appris que la tonte du troupeau était en cours chez Nabal, une période de fête comme on le lit en II Sam. 23 : Absalom donne un festin à l'occasion de la tonte de son troupeau1. David envoie des serviteurs ou des jeunes gens (les deux sens sont possibles comme pour boy en anglais) et leur dicte le message qu'ils devront transmettre à Nabal ; après l'avoir salué, ils lui présenteront des souhaits de prospérité pour l'avenir et formuleront des vœux de paix pour lui, les siens et tous ses biens. A l'occasion de la tonte, Nabal peut constater que son troupeau est en bon état et David avance qu'il n'est pas étranger à cela car ses hommes et lui ont protégé les bergers et les troupeaux, comme le confirmeront ses serviteurs. Il en vient enfin à l'objet de sa démarche et demande que Nabal lui donne à lui et à ses hommes des provisions, ce qu'il trouvera, ce qu'il pourra donner. Sous une forme courtoise, en se disant ''serviteur'' et ''fils'', David demande en fait que soit reconnue et payée la protection qu'il a accordée aux biens de Nabal. Et nous comprenons pourquoi la délégation comprend dix hommes : pour porter les provisions abondantes que ne manquera pas de donner ce riche propriétaire.
(v9) Les garçons de David, étant arrivés, répétèrent toutes ces paroles à Nabal au nom de David et ils attendirent. (v10) Nabal répondit aux gens au service de David : " Qui est David et qui est le fils de Jessé ? Il y a aujourd'hui beaucoup de gens de service qui s'évadent de chez leur maître (v11) Et je prendrai mon pain, mon eau, ma viande abattue que j'ai fait abattre pour mes tondeurs, pour les donner à des hommes venus de je ne sais où ? (v12) Les garçons de David firent demi-tour et ils s'en retournèrent. A leur arrivée, ils informèrent David de toutes ces paroles.
Nabal commence par demander : Qui est David ? Mais la suite montre qu'il sait bien de qui il s'agit et le sens est plutôt : je ne veux pas lui accorder une reconnaissance, je n'ai pour lui que du mépris, lui et vous tous n'êtes que des esclaves en fuite . Il énumère ensuite des provisions qu'il pourrait offrir en faisant sonner à chaque fois son droit de propriété : mon pain, mon eau, ma viande sont, dit-il, pour mes tondeurs.
Le récit ne nous dit rien de ce que pense David en écoutant ce rapport mais nous rapporte les ordres qu'il donne : (v13) Et David dit à ses hommes : " Que chacun ceigne son épée ! " Ils ceignirent chacun son épée, David aussi ceignit son épée, et quatre cents hommes environ partirent à la suite de David , tandis que deux cents restaient près des bagages. David part donc en expédition militaire , sa hâte, les cliquetis d'épée ne présagent rien de bon. Il est loin le David qui ne pouvait marcher avec l'épée de Saül (17,39), refusait l'idéologie de la violence et ne s'armait que d'une fronde et de quelques pierres.
(v14) Un garçon parmi les garçons avait informé Abigaïl, femme de Nabal, en lui disant : " David a envoyé du désert des messagers pour saluer notre maître mais celui-ci s'est jeté sur eux . (v15) Pourtant ces hommes ont été très bons pour nous, nous n'avons pas été molestés et nous n'avons rien perdu tous les jours où nous avons marché avec eux , quand nous étions dans la campagne. (v16) Ils ont été notre rempart aussi bien le jour que la nuit, quand nous fûmes avec eux à paître le troupeau. (v17) Et maintenant connais et vois ce que tu dois faire car la perte de notre maître et de toute sa maison est une affaire décidée. Quant à lui, c'est un vaurien à qui on ne peut parler. "
Un serviteur sans fonction particulière , représentatif du groupe, confirme que David et ses hommes ont rendu service aux bergers ; il le dit d'abord de manière négative : nous n'avons rien perdu, puis sous forme positive : ils ont été un rempart, une muraille de jour comme de nuit. La position de David qui estime qu'il a rendu un service réel à Nabal (et qu'il ne fait pas du racket ) est ainsi confirmée par un berger du camp opposé. La réponse du maître a été si brutale qu'on peut attendre le pire. Et lui parler ne servirait à rien.
(v18) Abigaïl se hâta de prendre deux cents pains, deux outres de vin, cinq moutons apprêtés, cinq mesures de grain grillé, cent grappes de raisin sec, deux cents gâteaux de figues, qu'elle chargea sur des ânes (v19) Elle dit à ses serviteurs : " Passez devant et moi je vous suis ", mais elle n'informa pas Nabal son mari.
On nous avait dit que Abigaïl,la femme de Nabal, était intelligente et sa conduite le prouve ; elle ne perd pas de temps et prépare rapidement un convoi de victuailles pour David et ses hommes ; elle ne dit rien à son mari (comme l'a dit l'un des en voyant les provisions s'interroge : le terrain sera préparé pour ses explications.
(v20)Tandis que montée sur un âne elle descendait à l'abri de la montagne , David et ses hommes descendaient dans sa direction.
Le narrateur ne nous conte pas immédiatement la rencontre mais ménage le suspens en nous informant maintenant de la réaction de David au rapport de ses hommes. (v21)David s'était dit : " C'est donc en vain que j'ai protégé dans le désert tous les biens de cet individu sans que rien n'en disparaisse. Il m'a rendu le mal pour le bien .(v22) Que Dieu fasse ceci ou encore cela à David si, d'ici au matin, de tout ce qu'il a, je laisse en vie quiconque pisse contre un mur ! " David est furieux et il a promis et juré sous serment de mettre à mort tous les mâles du côté de Nabal, jusqu'aux chiens qui, selon Rachi, seraient visés par la forte expression de David. L'enjeu de la démarche d'Abigaïl nous apparaît clairement.
(v23) Dès qu'Abigaïl aperçut David , elle se hâta de descendre de l'âne et, tombant sur la face devant David , elle se prosterna jusqu'à terre. (v24) Puis elle tomba à ses pieds . Abigaïl manifeste à David le plus grand respect et se présente à lui en suppliante. Elle va s'adresser à lui longuement.
Que sur moi, moi seule, mon seigneur, soit la faute ! Puisse ta servante parler à tes oreilles et daigne écouter les paroles de ta servante ! Les premiers mots sont pour détourner de Nabal la colère de David, prendre la faute à son compte (même si en fait elle n'est pour rien dans cette affaire comme elle le dira plus loin) et lui demander humblement de l'écouter . Il fallait d'abord arrêter la course de David. Puis elle poursuit.
(v25) Que mon seigneur ne fasse pas attention à ce vaurien, à ce Nabal, car il porte bien, son nom : il s'appelle l'insensé et l'infamie s'attache à lui. Elle engage David à ne pas poser son ''cœur'', son intelligence, sur ce Nabal, à ne pas s'abaisser au niveau de cet homme dont le nom signifie Insensé ; lisons un verset d'Isaïe qui éclaire ce mot (Is. 32,6) : Car l'insensé dit des insanités et son cœur s'adonne au mal… et la fin de ce verset fait un clin d'œil à notre récit : en laissant l'affamé sans nourriture , il refuse la boisson à celui qui a soif. En hébreu les deux mots traduits en v25 par insensé et infamie sont proches et de même racine (nabal et nebala) et la nebala ou infamie est un mot très dur : il qualifie, par exemple, la conduite de Amnon, un fils de David qui viole sa demi-sœur Tamar (II Sam.13,12).
Abigaïl poursuit : " Mais moi, ta servante, je n'avais pas vu les garçons que mon seigneur avait envoyés. " Elle fournit une information, une donnée de fait, la seule de son discours : elle n'était pas présente et n'a donc pu intervenir plus tôt .
(v26a) Maintenant, mon seigneur, par la vie du Seigneur et par ta propre vie, c'est le Seigneur qui t'a empéché d'en venir au sang et de te sauver par ta propre main. A son tour, Abigaïl fait un serment et non pas un serment négatif comme David ''Que Dieu me fasse ceci et cela si je ne fais pas..'' mais un serment ''par la vie du Seigneur et par la vie de David'' car c'est pour la vie qu'elle agit : le Seigneur t'a retenu de verser le sang et de te faire justice par ta main . Par l'usage du passé, la femme considère comme acquis que David a renoncé à la vengeance et son acte s'inscrit dans une règle de conduite générale : l'homme ne doit pas se faire justice mais doit laisser faire la justice de Dieu . David doit agir à l'égard de Nabal comme il l'a fait à l'égard de Saül dans la caverne : on ne doit pas en venir au sang, on ne doit pas faire son salut par sa propre main. C'est la phrase essentielle de l'intervention de Abigaïl. (v26b) Maintenant que tes ennemis et ceux qui cherchent du mal à mon seigneur soient comme Nabal ! Que tes ennemis soient comme Nabal ! c'est à dire meurent puisque tel sera bientôt le sort de Nabal. On peut dire qu'un rédacteur qui connaissait la suite a inséré ces mots qui semblent alors un ajout maladroit ; ou bien le souhait ne porte que sur le sort présent de Nabal qui par sa conduite s'est aliéné ses serviteurs , sa femme et ses voisins : que les ennemis de David se retrouvent eux aussi dans la solitude; ou encore l'auteur final a mis dans la bouche d'Abigaïl des propos prophétiques .
(v27) Et maintenant que cette bénédiction (ce présent) que ta servante apporte à mon seigneur soit donnée aux garçons qui marchent sur les pas de mon seigneur. (v28) Pardonne, je t'en prie l'offense de ta servante !
Abigaïl offre maintenant à David les présents abondants qu'elle apporte ; ces dons sont appelés par elle ''bénédiction'' ce qui implique une réconciliation entre celui qui donne et celui qui reçoit et un partage fraternel des dons divins ; ainsi Jacob de retour sur sa terre offre-t-il à Esaü une part de ses biens en disant (Genèse 33,10-11): " Si j'ai pu trouver grâce à tes yeux … reçois donc de moi la bénédiction qui t'a été apportée , car c'est Dieu qui m'en a gratifié. " Les dons sont destinés aux jeunes qui marchent derrière David et la femme conclut cette partie de son discours par une demande de pardon , ainsi elle se place, elle aussi, à la suite de David.
Lisons la fin des paroles d'Abigaïl , les versets 28b à 31. Elle annonce le destin de David en anticipant ce que lui dira plus tard Natan (II Sam.7) : Le Seigneur fera à mon seigneur une maison stable et, plus loin, elle confirme : le Seigneur t'établira chef d'Israël . Abigaïl est-elle habitée de l'esprit prophétique ou bien, ayant connaissance de l'onction reçue par David, en tire-t-elle dans la foi les conséquences ? Elle soumet cependant le destin royal de David à la condition de ne combattre que les guerres du Seigneur, et qu'on ne trouve pas de mal en toi durant toute ta vie, et reprend son avertissement : Tu ne dois pas verser le sang à la légère ni vouloir triompher par toi-même. Le Seigneur se chargera de débarasser David de ses ennemis et protégera sa vie comme elle le dit avec une belle image, souvent reprise en épitaphe sur les pierres tombales juives : la nephesh de mon seigneur sera ensachée dans le sachet des vivants auprès du Seigneur, ton Dieu, tandis que celle de tes ennemis , le Seigneur la frondera au loin du creux de sa fronde. La vie de David (et celle des justes) est mise à l'abri auprès de Dieu, celle des méchants est dispersée comme des cailloux qu'on lance au loin avec la fronde.
David répond à Abigaïl :
(v32) Béni soit le Seigneur le Dieu d'Israël
Lui qui t'a envoyée ce jour à ma rencontre !
(v33) Béni soit ton bon sens, bénie sois-tu toi-même,
pour m'avoir empéché d'en venir au sang et de me sauver par ma propre main !

David remercie Dieu qui a envoyé cette femme à sa rencontre , puis il bénit son intelligence et la bénit elle-même car - et il reprend alors ce qui était le centre, le cœur des paroles d'Abigaïl -elle l'a retenu de verser le sang et de se faire justice lui-même. Le fait qu'il bénisse Dieu d'abord fait de l'intervention de la femme un signe de la bienveillance divine . Puis David continue : Car (v34) j'aurais accompli le serment d'exterminer tout ce qui est à Nabal d'ici l'aurore si tu n'étais pas venue aussi vite à ma rencontre.
(v35) David prit de sa main ce qu'elle lui avait apporté et lui dit : " Monte en paix à ta maison . Vois, j'ai écouté ta voix et j'ai relevé ta face. "
La femme prosternée est relevée, elle peut redresser la tête, la paix que Nabal avait refusée pour sa maison y revient par l'intermédiaire de sa femme.
Nous pouvons lire à présent les versets 36 à 38 qui nous racontent que Abigaïl trouve Nabal complètement ivre après un banquet ''royal'' . Elle ne lui parle que le lendemain matin et sa colère est telle que son cœur est comme une pierre (une de ces pierres que Dieu disperse au loin avec sa fronde ?), il est paralysé et le Seigneur le fait mourir dix jours plus tard.
En apprenant la mort de Nabal (v39), David bénit le Seigneur qui a défendu sa cause après l'affront de Nabal, le Seigneur qui a retenu son serviteur de faire le mal et qui a puni le mal de Nabal en le faisant retomber sur sa tête.
Un peu plus tard, David envoya demander Abigaïl en mariage . Les serviteurs de David se rendirent chez Abigaïl à Karmel et lui parlèrent en ces termes : " David nous a envoyés chez toi pour te prendre pour femme. " A cette demande, elle répond de la manière la plus humble (v41) :Elle se leva, se prosterna la face contre terre et dit : " Voici ta servante comme une esclave pour laver les pieds des serviteurs de mon seigneur . " Elle se prosterne face contre terre et ses mots expriment l'humilité la plus complète, de servante elle passe à un mot qui signifie une domestique du plus bas niveau, elle est prête à laver les pieds non de David mais des serviteurs de son futur époux. Cette réponse est-elle dictée par la prudence ? Elle a donné une leçon à David, il est sage de lui faire savoir que cette attitude était dictée par des faits exceptionnels. Elle reprend ensuite son rang car elle suit les envoyés de David accompagnée de cinq de ses servantes. Et elle devint sa femme.
Nous apprenons à cette occasion que la première femme de David, Mikhal, a été donnée à un autre par son père Saül, et elle n'est donc plus épouse de David. En revanche, nous apprenons que David avait déjà une épouse, Ahinoam de Yizréel, avant de rencontrer Abigaïl.

Avant de tirer de l'épisode que nous venons de lire des leçons politiques ou morales, oublions un moment que nous étudions une ''histoire sainte'' pour nous attarder sur le charme de ce récit. Il nous donne une image colorée de la vie dans les montagnes de Juda aux temps bibliques, il nous parle des relations entre les nomades et les sédentaires, des fêtes données à l'occasion de la tonte du troupeau, d'un conflit entre un aventurier aux manières courtoises de gentilhomme et un riche propriétaire avare et brutal. Il nous présente un héros au sang vif qui éprouve un coup de foudre pour une femme pleine d'intelligence et de bon sens, capable de décisions rapides et audacieuses, belle et séduisante de surcroît…
Revenons aux considérations sérieuses. L'histoire qui nous est contée prend place dans la conquête progressive du pouvoir par David. Nabal est en effet un homme riche et puissant dont le train de vie est royal : il pouvait offrir dans sa maison un vrai festin de roi (v36) ; sa femme a un rang social élevé, elle qui rejoint David accompagnée de cinq suivantes (v42). En l'épousant, David va passer du statut de chef de bande à celui de maître et seigneur d'un territoire étendu situé dans la montagne, à quelques dizaines de km au sud de la ville d'Hébron. Cette région sera le point de départ de son ascension politique : c'est précisément à Hébron qu'il sera couronné roi de Juda (II Sam. 2,4).
Pour nous, ce récit donne un enseignement toujours actuel qui figure dans le discours central de Abigaïl : l'homme ne doit pas chercher le salut, la victoire par sa propre main, en recourant à la violence. Quand David avait épargné la vie de Saül dans la caverne d'Ein-Guédi , il refusait de porter la main sur le messie du Seigneur ; l'onction donnée par Dieu expliquait son geste. La leçon de ce nouvel épisode va plus loin : en aucun cas, il ne faut utiliser la violence pour se faire justice.

Une fois encore, David épargne Saül ( 26, 1 - 25)

(v26,1) Les gens de Ziph vinrent trouver Saül à Guibéa et lui dirent : " Est-ce que David n'est pas caché sur la colline de la Hakila en face de la steppe ? " Ce premier verset nous rappelle v23,19 où ''des'' gens de Ziph étaient déjà venus auprès du roi pour lui dénoncer la cachette de David ; nous les connaissons déjà et ils ont droit, cette fois, à l'article défini : ''les'' gens de Ziph. Ils disent au roi que David est de nouveau près de chez eux et, cette fois, Saül ne temporise pas (voir 23,21-23) mais, sans attendre, descend au désert de Ziph avec trois mille hommes, l'élite d'Israël, pour rechercher David au désert de Ziph.
Ce début si proche de la seconde partie du chapitre 23 nous fait attendre un nouvel épisode de poursuite, comme plus haut, quand Saül courrait après son adversaire d'un côté de la montagne tandis David fuyait le long de l'autre versant. Mais nous allons lire de fait une reprise du thème du chapitre 24 : David qui pourrait une fois encore tuer Saül, va le respecter et épargner sa vie. Il me semble qu'il ne faut pas considérer cette reprise comme une repétition maladroite , conséquence de traditions mal unifiées ; il faut l'écouter comme nous écoutons en musique une variation sur un thème déjà connu qui nous donne à la fois le plaisir rassurant de retrouver un air familier et la surprise d'inventions imprévues.
Nous ne sommes plus dans la caverne où une occasion inattendue était offerte à un David passif. Cette fois David agit . David était établi dans le désert et il vit que Saül était venu le poursuivre dans le désert. Nous ne savons pas ce que David a vu : peut-être des nuages de poussière soulevés au loin par la colonne en marche. Il envoie des éclaireurs et apprend avec certitude que Saül arrive. Il prend alors l'initiative et parvient à l'endroit où le roi et sa troupe campent. Après une vue panoramique à longue distance, nous avons maintenant un plan rapproché où l'auteur nous décrit ce que voit David depuis une crête dominant le camp . C'est le soir, la lune est levée et il voit (v5) le roi et son général, Abner, chef de son armée, couchés au centre du campement ; en cercle autour d'eux, les trois mille hommes de troupe sont couchés aussi, entourés par un rempart fragile formé par les bagages et les bêtes de trait .
David dit : " Qui veut descendre avec moi jusqu'à Saül au camp ? " Et Abishaï , fils de Cérouya (la sœur de David) et frère de Joab - que nous retrouverons plus tard - répond : " Je descendrai avec toi " David et Abishaï arrivèrent de nuit auprès de la troupe alors que Saül était couché , endormi dans l'enceinte, sa lance fichée en terre à son chevet. Abner et la troupe dormaient autour de lui. Abishaï dit à David : " Aujourd'hui Dieu a livré (litt. enfermé) ton ennemi en ta main et maintenant, je t'en prie, je vais le frapper avec la lance dans la terre, une seule fois sans second coup. "
David et son compagnon sont donc arrivés au centre du campement et Saül est endormi à leurs pieds. Sa lance est plantée en terre, cette lance qui est , nous nous en souvenons, l'arme favorite de Saül : avec elle, il a voulu en deux occasions tuer David et il l'a levée aussi contre son propre fils Jonathan. Et quand il a voulu tuer David, il a lancé par deux fois sa lance contre lui en disant : je vais frapper dans David et dans le mur. Abishaï emploie le même verbe : je vais le frapper , le clouer dans le sol comme Saül avait voulu clouer David dans le mur mais il veut le tuer d'un coup unique, mortel . Ces quelques mots évoquent donc pour nous et pour David le souvenir des tentatives de meurtre de Saül .
Malgré tout ce qu'évoquent les paroles d'Abishaï, David lui répond : " Ne le tue pas ! Qui pourrait porter la main sur le messie du Seigneur et demeurer impuni ? " Et David poursuit : " Par la vie du Seigneur ! C'est le Seigneur qui le frappera, soit que son jour arrive et qu'il meure, soit qu'il descende au combat et qu'il y périsse. Que le Seigneur m'ait en abomination si je porte la main sur le Messie du Seigneur ! " Comme dans la grotte, mais cette fois sans hésitation, sans toucher au manteau du roi, David refuse de frapper Saül car il est le messie, c'est à dire l'oint du Seigneur. La seconde phrase de David montre qu'il a compris et retenu la leçon d'Abigaïl, il ne se fera pas justice par sa main, c'est le Seigneur qui décidera de la mort du roi.
Mais, pour que le roi sache que, une fois encore, son rival l'a eu à sa merci et l'a épargné, David et Abishaï prennent la lance de Saül et sa cruche d'eau qui étaient à son chevet et s'en vont . Ces deux objets ont une valeur symbolique ; la lance est l'instrument de la force mise par le roi au service du peuple ou utilisée par lui pour régler des comptes personnels ; l'enlever à Saül, c'est, dans la langue des psychanalystes , le castrer symboliquement . La cruche d'eau est au désert le symbole de la vie, la dérober, c'est prendre la vie de Saül .
(v12b) Personne ne vit rien, personne ne le sut, personne ne s'éveilla, ils dormaient tous car une torpeur venant du Seigneur était tombée sur eux. Nous apprenons maintenant que le Seigneur a aidé au succès de ce raid au cœur du camp ennemi en faisant tomber sur Saül et ses troupes une profonde torpeur , une '' tardemah'' : le même mot est utilisé notamment pour parler du sommeil d'Adam quand Dieu prit une de ses côtes pour façonner la première femme (Gen. 2,21) .
David passe de l'autre côté de la vallée et se tient sur le sommet de la montagne . Il crie de loin, dans la nuit ; il appelle Abner (v14-16) qui lui demande qui il est ; David, sans se nommer, reproche à Abner son manque de vigilance pour protéger son seigneur et lui dit encore : Vois donc où sont la lance du roi et sa cruche d'eau.
Pendant cet échange le roi s'est réveillé et (v17) Saül a reconnu la voix de David et Saül dit : " Est-ce bien ta voix, David mon fils ? " La question est simple vérification car le roi a identifié la voix et David répond courtoisement mais sans se présenter comme un fils (à la différence de la rencontre précédente) " C'est ma voix, mon seigneur le roi ."
David poursuit et on peut distinguer plusieurs thèmes dans son intervention (v18-20). Il affirme de nouveau son innocence : Qu'ai-je fait, quel mal y a-t-il en moi ? . Il s'en prend aux mauvais conseillers (mais je pense que c'est un euphémisme pour ne pas attaquer directement Saül), à ceux qui excitent le roi contre lui et fait le souhait qu'ils soient maudits. Il reprend ce qu'il avait dit à la sortie de la caverne : le roi met en branle une armée pour chasser une puce ou une perdrix . Il annonce enfin que les poursuites incessantes du roi vont le contraindre à l'exil et voici ce qu'il dit : " Qu'ils soient maudits (il s'agit des conseillers malfaisants) devant le Seigneur pour m'avoir chassé aujourd'hui au point de m'exclure de l'héritage du Seigneur en disant : " Va servir d'autres dieux ! " Maintenant que mon sang ne tombe pas à terre loin de la face du Seigneur ! "

Ces paroles appellent une explication. Les patriarches, Abraham, Isaac et Jacob-Israël avaient reçu de Dieu la promesse que leur descendance hériterait d'une terre ; plus tard le peuple sorti d'Egypte, descendance des patriarches, prend possession de ce pays qui lui avait été promis, ''la terre promise'', qu'ils conquièrent avec l'aide de Dieu. Ce bon pays est un don de Dieu, un héritage des fils d'Israël où ils peuvent servir leur Dieu qui y a établi sa résidence. Ce Dieu est si lié à la terre qu'il semble impossible de l'adorer à l'étranger, sur les terres des dieux païens. David contraint à l'exil craint d'être coupé de son Seigneur . Osée , parmi d'autres , exprime le même sentiment (Os. 9,3-4) hors d'Israël, tout est impur : Ils ne pourront pas rester dans le pays du Seigneur : Ephraïm retournera en Egypte et en Assyrie ils mangeront une nourriture impure . Ils ne verseront plus de vin en libation pour le Seigneur, leurs sacrifices ne lui plairont pas, ce sera pour eux comme un pain de deuil, tous ceux qui en mangent deviennent impurs. Le châtiment dont Osée brandissait la menace s'accomplira pour le royaume du nord en 721 et pour le reste d'Israël en 587 avec la prise de Jérusalem et la déportation à Babylone. Le même lien entre le culte et la terre est exprimé par Naaman. Ce général syrien guéri par le prophète Elisée proclame sa foi au Dieu d'Israël ; il demande ( II Rois 5,17) qu'on lui permette d'emporter d'Israël la charge de terre de deux mulets pour édifier chez lui un autel sur une terre pure où il pourra offrir des sacrifices au vrai Dieu. L'auteur qui a rédigé ce discours de David a sans doute connu la menace de l'exil ou la déportation et il met , non sans anachronisme, dans la bouche du héros la douleur éprouvée par les exilés du 8e siècle, coupés de leur terre reçue en héritage.
Nous qui sommes presque tous issus des autres peuples, des païens, nous avons parfois du mal à comprendre le lien presque charnel que les textes bibliques établissent entre la terre d'Israël et le culte rendu à Dieu, un attachement profond qu'éprouvent encore aujourd'hui les fils d'Israël.
Revenons à l'échange entre David et Saül. En réponse à David, Saül confesse sa faute (27,21) : " J'ai péché ! Reviens mon fils David , je ne te ferai plus de mal, puisque ma vie a eu aujourd'hui tant de prix à tes yeux. Oui, j'ai agi en insensé et je me suis très lourdement trompé. " Cet aveu de la part du roi ne manque pas de grandeur et le contact avec David (ici un dialogue dans la nuit) semble, comme à la sortie de la caverne, ranimer chez Saül la meilleure part de lui-même.
Mais David n'y croit plus et ne répond pas à cet aveu . Il demande (22-23) qu'on envoie un jeune chercher la lance du roi , répète qu'il n'a pas porté la main sur l'oint du Seigneur et termine ainsi (24) : " De même que ta vie a été grande ce jour à mes yeux, que de même ma vie soit grande aux yeux du Seigneur et qu'il me délivre de toutes mes angoisses. " Nous retrouvons dans la prière de David en ce verset une supplication qui figure souvent dans les psaumes : " " Qu'il me délivre de toutes mes angoisses !''.
Saül répond en bénissant David qu'il appelle pour la troisième fois dans cet échange ''mon fils'' ; le roi déchu en donnant sa bénédiction à David et en le nommant son fils le reconnaît comme son successeur ; et cette bénédiction évoque celle qu'un père donne à son fils avant de mourir : le roi sait qu'il va mourir et transmet la royauté au nouveau messie. Et il termine en annonçant pour David un grand destin : Tu feras de grandes choses (litter. : agir tu agiras) et tu réussiras (pouvoir tu pourras).
David alla son chemin et Saül s'en retourna chez lui.

David se réfugie chez les Philistins (27,1 - 28,2).

David n'est pas convaincu par les proclamations de Saül, il a constaté trop de fois que le roi retombait vite dans son obsession meurtrière. (v27,1) Et David dit à son cœur (se dit): " Un de ces jours, je périrai par la main de Saül. Je n'ai rien de mieux à faire que de me sauver au pays des Philistins. Saül renoncera à me rechercher encore dans tout le territoire d'Israël et je me sauverai de sa main. " David est contraint de se sauver : le verbe qui n'avait plus été écrit depuis 23,13, quand David s'était sauvé de Quéïla, revient une dernière fois et conclut la longue chaîne commencée en 19,10, lors du second attentat manqué. De même, la longue recherche de Saül s'achève aussi et le mot apparaît ici, puis pour la dernière fois au v4, pour évoquer Saül traquant David.
Lisons les versets 2 à 4. David met en œuvre le projet que le monologue intérieur du v1 nous avait dévoilé. Il passe avec toute sa troupe chez le roi de Gath, Akish, et chacun emmène sa famille. Lui-même part avec ses deux femmes, Ahinoam d'Izréel dont on ne sait rien et Abigaïl que nous connaissons bien maintenant. Le résultat visé par David est atteint : Saül averti de la fuite de David à Gath cesse de le rechercher ; la décision du roi est compréhensible : il ne va pas se lancer dans une expédition où il aurait pour adversaires non seulement la petite troupe de David mais toutes les forces philistines.
L'accueil des gens de Gath s'explique assez bien : ils sont sans doute au courant du long conflit entre le roi d'Israël et David et le retournement de celui-ci ne les étonne guère ; en outre le renfort d'une troupe de six cents mercenaires n'est pas négligeable.
En revanche le choix de David est surprenant : le héros de la lutte contre les Philistins va-t-il trahir son camp et passer à l'ennemi ? Nous allons voir que David va user de la ruse pour tromper Akish et éviter de combattre contre son peuple.
David s'adresse à Akish comme un vassal loyal et respectueux : " Je t'en prie, si j'ai trouvé grâce à tes yeux, permets qu'on me donne, dans l'une des villes de la campagne, un endroit où je puisse résider. Pourquoi ton serviteur demeurerait-il à côté de toi dans la ville royale ? " Le but de David, comme nous allons bientôt le voir, est de s'éloigner de la surveillance de la cour pour agir librement. Le roi agrée sa requête et lui donne Ciqlag une cité située à quelques km au nord de Bersabée ou Béer-Shéva ; Béer-Shéva est bien connue car, pour parler de tout le territoire d'Israël de l'extrème nord à l'extrème sud, on dit ''de Dan à Béer-Shéva'' ; nous avons rencontré cette expression en I Samuel 3,20 pour dire que le jeune Samuel était reconnu comme prophète dans tout Israël. La cité donnée à David est donc située au sud du pays de Juda et au-delà commence le désert du Néguev.
L'auteur interrompt le fil de la narration et intervient directement pour nous informer que Ciqlag, la cité donnée en fief à David, a appartenu aux rois de Juda jusqu'à ce jour. Manière de nous rassurer sur la fidélité de David à son peuple et de nous laisser entendre que le destin de David ne va pas se terminer chez les Philistins puisque la ville reçue en fief fera partie des biens de la couronne.
Les versets qui suivent de v7 à v11 sont encadrés par des indications de temps : en v7 le compte des jours que David demeura en territoire philistin fut de un an et quatre mois. En v11b Ainsi fit David et telle fut sa conduite tous les jours qu'il demeura en territoire philistin. A l'intérieur de cette inclusion nous est expliqué ce que David faisait ''tous les jours'' de son séjour chez les Philistins. Avec ses hommes il partait en expédition et faisait des raids contre les Gueshourites, les Guirzites et les Amalécites. on ne sait rien des Guirzites, peu de choses des Gueshourites mais les Amalécites nous sont bien connus ; ce sont les ennemis de toujours d'Israël et Saül les a combattu sur l'ordre du Seigneur (ch.15) . Les peuples cités sont des nomades qui parcouraient le désert, du Néguev aux confins de l'Egypte. (v9) David s'attaquait à ces peuples , il dévastait le pays et ne laissait en vie ni homme, ni femme, il enlevait le petit et le gros bétail, les ânes, les chameaux et les vêtements .
La suite du texte (v10-11a) nous donne l'explication de ces massacres ordonnés par David. Quand il allait voir Akish, celui-ci demandait : " Où avez-vous fait un raid aujourd'hui ? " David répondait : "Contre le Neguev de Juda " ou : " Contre le Neguev des Yerahmeélites " ou : " Dans le Neguev des Quénites " David ne laissait en vie ni homme ni femme à ramener à Gath " de peur, disait-il, qu'ils ne fassent des rapports contre nous ne disant : ''Voilà ce que David a fait. '' "
Quand il fait son rapport à Akish, David parle d'expéditions contre Juda ou contre des alliés d'Israël comme les Quénites. Il fait ainsi croire au roi de Gath qu'il combat Israël ou des proches d'Israël alors que ses victimes sont, au contraire des peuples du Sud qui faisaient de temps à autre des razzias contre le pays de Juda. Pour que la vérité ne soit pas découverte il supprime tous les témoins !
Le roi de Gath est berné (v12) Il a confiance en David et se dit : " Il s'est sûrement rendu odieux à Israël son peuple et il sera pour toujours mon serviteur. "
Mais voici que les Philistins rassemblent leurs troupes pour une nouvelle guerre contre Israël (v28,1) et Akish dit à David qu'il compte sur lui et ses hommes. David va-t-il être contraint de se battre avec les Philistins contre son peuple ? Comment pourra-t-il sortir de ce piège ?
Cet épisode a sans doute une base historique ; la pression de Saül a été très rude et les risques courus si grands que David et sa troupe sont passés à l'ennemi. L'auteur parvient à présenter ce ralliement comme un combat de maquisards au profit d'Israël : David élimine des groupes de pillards qui faisaient des razzias dans le sud du pays de Juda. En diminuant la pression des nomades contre Juda, David s'est gagné des amis dans cette région qui sera la première à se rallier à lui et à le choisir comme roi. En opérant ces raids David a accumulé un butin qui lui a permis d'entretenir son groupe et d'amasser un trésor de guerre pour préparer son accession au trône. Ce séjour à Gath, selon certains historiens, a pu être utile à David qui avait beaucoup à apprendre des Philistins dans l'art militaire (les armes de fer, l'usage des chars…) et dans l'organisation des cités.
L'épisode est raconté par l'auteur avec jubilation ; il ne cache guère son admiration pour David qui a su transformer une trahison apparente en un combat en faveur de son peuple. Le roi de Gath, Akish, a été berné par le rusé David comme il l'avait été, déjà, quand David avait simulé la folie pour échapper à la mort. Mais nous, aujourd'hui, ne pouvons oublier que pour tromper Akish, David, à chaque raid, a exterminé toute la population, femmes et enfants compris, pour ne laisser aucun témoin dangereux.
Peut-on justifier ces actes en les rapprochant des pratiques de la guerre sainte, de l'anathème dont nous avons dit qu'il n'y avait pas de traces historiques et qu'il s'agissait d'une manière symbolique de condamner tout contact avec l'idolâtrie ? Mais ce serait une dérobade trop facile de rapprocher ces tueries de l'anathème et de dire que ce sont de simples amplifications littéraires, des maniéres de parler. Ici David ne mène pas le combat du Seigneur - qui d'ailleurs n'est pas nommé dans ce passage - mais se bat dans son intérêt pour sa survie et son pouvoir.
Une autre manière de minorer l'importance de cet épisode serait de l'attribuer à une époque où les mœurs étaient brutales et violentes, où la vie humaine avait peu de prix. Ou encore de dire que toute guerre, aujourd'hui encore, entraîne des massacres d'innocents, comme dans les Balkans, en Afrique ou en Afghanistan…
Certes, mais notre récit fait partie de l'histoire sainte, du récit de la vie du roi David, oint du Seigneur . Pourquoi l'auteur a-t-il maintenu dans son texte cet épisode peu glorieux juste après deux récits où, à l'opposé, David renonçait à la violence?
Peut-être a-t-il voulu tracer de son personnage un portrait réaliste et montrer que sa vie comportait des zones d'ombre, que David pouvait parfois être violent et cruel ; souvenons du prix d'achat de Mikhal fixé en prépuces de Philistins : David n'hésite pas à en doubler le nombre et à tuer sans raison deux fois plus de Philistins. Ou encore du David en route pour tuer Nabal et tous les siens. A côté du David qui accepte de compter sur Dieu seul pour lui faire justice, un autre David est capable de verser le sang sans scrupules. Nous retrouverons cette violence sans frein quand David enverra à la mort Urie, le mari de Bethsabée. Et c'est ainsi que le Seigneur poursuit l'accomplissement de son dessein : ''Dieu écrit droit avec des lignes courbes''.

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