Conférences bibliques 2002-2003
Sommaire

" L'histoire de David "    (1)

INTRODUCTION : LE THEME DES PREMIERES RENCONTRES

Nos rencontres de cette année ont pour thème " L'histoire de David ", ce jeune berger qui, après bien des tribulations, devient roi , unifie sous son autorité tous les fils d'Israël, s'installe à Jérusalem , la nouvelle capitale.
Mais où commencer ce récit de la vie de David ? La réponse simple serait de commencer au début du chapitre 16 du premier livre de Samuel (en abrégé : 1 Sam. 16,1) car le texte y parle pour la première fois de David ; Dieu a rejeté le premier roi, Saül, et ordonne à Samuel de donner secrètement l'onction à un fils de Jessé qu'il lui désignera. Le nom de David, le fils choisi, est prononcé pour la première fois à la fin de cette scène.
Tout de suite des questions se posent qui obligent à remonter plus haut dans le temps : Qui est ce Saül, le premier roi et pourquoi est-il rejeté ? Il faut répondre à cette interrogation d'autant plus que, pendant des années, Saül demeuré roi pourchasse David et veut le tuer ; l'ascension de David est inséparable de la longue descente et déchéance de Saül : un livre qui étudie les chapitres 13 à 31 du premier livre de Samuel a pour titre ''The crossing fates'', les destins qui se croisent, qui s'entremêlent. De plus Jonathan, le fils de Saül, l'héritier normal du trône, va devenir l'ami de David et s'effacer devant lui ; pour comprendre le poids de ce renoncement, il faut parler au préalable des succés militaires de ce prince et de son grand prestige dans le peuple.
Nous voilà donc obligés pour comprendre le destin de David de commencer notre récit au début de la royauté, c'est à dire au chapitre 8 de Samuel 1.
Mais vous avez noté qu'un certain Samuel est chargé de donner l'onction à David et il avait déjà agi de même auparavant en faveur de Saül. Ce Samuel joue un grand rôle dans l'évolution d'Israël du régime des juges à la royauté. Pour bien comprendre l'histoire de David , il faut donc parler un peu de Samuel . J'aurais pu me contenter d'un rappel schématique des débuts de ce Samuel mais les premiers chapitres du livre qui porte son nom comportent des scènes d'une grande beauté : la prière d'Anna, sa mère, le don de l'enfant Samuel à Dieu, l'appel du Seigneur au petit Samuel… scènes que j'aurai plaisir à vous raconter : nous commencerons donc le livre de Samuel par son commencement et j'espère que même ceux qui le connaissent déjà, trouveront plaisir eux aussi à ce rappel.
Samuel est le dernier des Juges ainsi que le qualifie l'Ecriture (1 Sam. 7,15) ; il agit comme les autres juges, ses prédécesseurs, il rétablit Israël dans l'alliance du Seigneur après une période de violence et d'idolâtrie qui a commencé au livre des Juges . Et nous voilà entraînés à brosser un bref tableau du temps des juges raconté dans le livre du même nom.
Arrivé à ce point de mes réflexions , j'ai pensé qu'en ajoutant encore à ce flash-back, comme on dirait d'un film, un bref rappel du livre de Josué, nous pourrions revoir ensemble l'histoire du salut depuis la période du désert où se déroulait une grande partie du livre de l'Exode, thème de nos entretiens de l'année dernière, jusqu'à David dont nous parlerons cette année.

Voici donc en définitive les thèmes que nous aborderons au cours de nos premières rencontres.

Première rencontre : De l'entrée en terre promise à Samuel, juge et prophète.

Survol du livre de Josué pour rappeler les épisodes majeurs de la conquête de la terre promise sous la conduite de Josué .
Survol du livre des Juges avec mention des principaux juges et sauveurs élus par Dieu et rappel du refrain qui enchâsse les histoires de ces juges et reprend les étapes, toujours recommencées, de l'intervention divine.
Analyse plus détaillée des sept premiers chapitres du premier livre de Samuel qui narrent la vie de Samuel de sa naissance jusqu'au moment où, juge et prophète, il restaure l'alliance entre le Seigneur et son peuple Israël.

Deuxième rencontre : Les débuts de la royauté (ch. 8 à 13)

Israël demande un roi pour être comme les autres peuples et Dieu accepte le vœu du peuple .
La désignation se fait en trois étapes : Saül parti à la recherche de ses ânesses reçoit l'onction de Samuel. il est ensuite désigné par le sort au cours d'une grande assemblée et une victoire sur les Ammonites confirme ce choix.
Samuel fait ses adieux et proclame les règles nouvelles de l'alliance dans le cadre de la royauté.
Un conflit éclate avec les Philistins ; le roi Saül attend en vain la venue promise de Samuel puis se résout à agir seul. Samuel survient enfin, condamne Saül et lui annonce que Dieu s'est choisi un nouveau roi.
Nous réfléchirons sur la faute de Saül et les raisons de son rejet.

Troisième rencontre : Jonathan, Saül et David.

Un coup de main audacieux de Jonathan, fils du roi, sur un poste ennemi entraîne la déroute des Philistins. Son père, le roi Saül , l'accuse cependant d'avoir rompu un vœu et veut le mettre à mort ; il est sauvé par le peuple.
Dans une nouvelle campagne contre Amaleq, Saül n'applique pas l'interdit que lui avait clairement ordonné Samuel : il est définitivement rejetté.
Samuel donne l'onction royale à l'un des fils de Jessé, David.

Quatrième rencontre : David et Goliath.

Notre quatrième entretien sera entièrement consacré à ce combat célèbre.

DE L'ENTREE EN TERRE PROMISE A SAMUEL JUGE ET PROPHETE

Nous avons lu ensemble, l'an dernier, le livre de l'Exode, en particulier le récit de la sortie d'Egypte et de l'alliance passée au Sinaï entre le Seigneur et son peuple. L'Exode s'achève sur l'édification de la tente de la rencontre où le Seigneur, sous forme de la nuée, vient siéger. Dans le Lévitique, Dieu parle à partir de cette tente et donne ses instructions concernant le culte afin que ce sanctuaire mobile (comme plus tard le Temple) devienne un lieu de rencontre avec Lui. Le livre des Nombres nous raconte les longues années passées au désert, ce que dit clairement le titre hébreu du livre qui en reprend les premiers mots : '' Dans le désert ''. Le Deutéronome (en grec deuxième loi) comprend des discours de Moïse qui reprennent l'enseignement des livres précédents. Moïse voit la Terre Promise mais n'y entre pas, il meurt au pays de Moab, à l'est du Jourdain.

LE LIVRE DE JOSUE
Ce Livre raconte l'entrée en terre promise et la prise de possession du pays sous la conduite de Josué, longtemps adjoint de Moïse, qui prend après lui la direction de la communauté. Je rappellerai quelques grands moments de ce livre .
Josué qui est avec le peuple à l'est du Jourdain à la hauteur de Jéricho envoie des explorateurs (ch.2) visiter la région de l'autre côté du fleuve et ces hommes sont aidés dans leur mission et sauvés par une femme, une prostituée, Rahav, qui les cache dans sa maison ; Rahav a entendu parler du Seigneur, de son intervention en faveur d'Israël et elle confesse (2,11) que le Seigneur votre Dieu est Dieu là-haut dans les cieux et ici bas sur la terre ; en reconnaissance de son aide, elle sera épargnée plus tard au moment de la prise de la ville. Rahav est une ancêtre de David et donc de Jésus comme le rappelle l'Evangile de Matthieu (1,5). Informé à leur retour par les explorateurs, Josué donne l'ordre de passer le Jourdain (ch.3). Il prescrit aux prêtres portant l'arche de passer les premiers et, quand ils entrent dans le fleuve, les eaux du Jourdain qui descendent d'amont s'arrêtent en une seule masse, comme une digue; les prêtres restent immobiles au milieu du lit du fleuve asséché pendant que tout le peuple passe à pied sec sur l'autre rive. Cette coagulation des eaux qui a permis le passage à gué du fleuve évoque la traversée de la mer des Joncs (les mêmes mots figurent en Josué 3,13 et Exode 15,8) et le psaume 114, entre autres, rapproche les deux évènements. Un cercle de douze pierres dressées (comme les douze pierres qui soutiennent notre Arche NDAA) est édifié à Guilgal en mémorial de cette traversée (ch.4).
C'est à Guilgal qu'est célébrée la première Pâque en Canaan avec des produits du pays et la manne cesse de tomber.
Le peuple conduit par Josué s'avance vers Jéricho et chaque jour (ch.6) une procession fait le tour des murailles : l'Arche est précédée de prêtres sonnant du chofar, une trompe formée d'une corne de bélier ; le septième jour la procession tourne sept fois autour de la ville et les remparts s'écroulent, la ville est prise et ses habitants mis à mort. Rahab, sa famille et leurs biens sont épargnés selon la promesse qui lui avait été faite.
Le livre de Josué raconte d'autres conquêtes, coalitions et guerres ; parmi ces évènements on peut noter un échec devant la ville d'Aï (à quelques km au S-E de Béthel) : Pourquoi Dieu n'a-t-il pas soutenu son peuple ? Une procédure de consultation des sorts par éliminations successives (ch.7) permet de rechercher le responsable de cet échec parmi les tribus, puis les clans de la tribu, les maisons du clan, les familles : un homme, Akân, a pris pour lui une part du butin qui devait être totalement voué à l'interdit. Le coupable est exécuté et, grâce à l'appui retrouvé du Seigneur, une nouvelle attaque permet de prendre la ville.
Plusieurs chapitres sont consacrés à la répartition des territoires entre les tribus. A la veille de sa mort, avant de s'en aller comme s'en va toute chose terrestre, Josué convoque les fils d'Israël et leur adresse un discours d'adieu (chapitre 23). Il rappelle à ceux qui l'écoutent : C'est le Seigneur votre Dieu qui a combattu pour vous… Si vous gardez la Torah de Moïse, si vous ne pactisez pas avec les dieux des nations qui vous entourent, si vous restez attachés au Seigneur votre Dieu, alors le Seigneur dépossédera devant vous des nations puissantes. Si vous transgressez l'alliance du Seigneur et servez d'autres dieux , vous disparaîtrez rapidement du bon pays qu'il vous a donné.
Une réunion de toutes les tribus est convoquée à Sichem et Josué préside une liturgie de célébration de l'alliance(ch.24). Parlant par la bouche de Josué , le Seigneur rappelle : J'ai pris votre père Abraham de l'autre côté du fleuve, puis il évoque les grandes lignes de l'histoire des patriarches, le séjour en Egypte et la sortie, les jours au désert, la traversée du Jourdain, je vous ai donné un pays où tu n'avais pas peiné… des vignes et des oliviers que vous n'aviez pas plantés… Josué demande ensuite solennellement au peuple de choisir entre craindre et servir le Seigneur ou suivre les dieux étrangers. Le peuple répond en choisissant le Seigneur.
Ce pacte passé à Sichem, une ville dont la situation est centrale en Israël, rappelle sans doute l'intégration dans l'alliance de tribus du nord qui n'avaient pas connu l'Egypte, la traversée de la mer, la révélation du Sinaï : ces groupes acceptent la foi dans le Seigneur et entrent dans le peuple de Dieu.
Josué meurt et il est enterré dans une ville qui lui avait été attribuée au moment du partage du pays. Les ossements de Joseph que Moïse avait emportés au moment de la sortie d'Egypte (Ex.13,19) sont ensevelis dans le champ que Jacob-Israël, son père, avait acquis à Sichem (Gen.33,19). Ainsi s'achève, dit la BJ, le retour d'Egypte.

LE LIVRE DES JUGES
Le livre des Juges fait suite au livre de Josué et rapporte quelques épisodes de la période de deux siècles environ qui commence après la conquête partielle au temps de Josué et s'étend jusqu'à l'établissement de la monarchie, soit environ de 1200 à 1020 avant JC.
La vie des tribus d'Israël est difficile car des villes idolâtres demeurent au milieu ou à proximité de leurs territoires. Il n'y a plus de guide unique pour le peuple, il n'y a pas encore de roi ; ici ou là, pour un temps limité, des ''juges'' prennent le pouvoir ; le mot ''juge'' a un sens plus large qu'en français ; ces juges sauvent une ou plusieurs tribus qui sont dans la détresse en exerçant pour un temps des fonctions de commandement et en conduisant la guerre contre les peuples voisins.

Douze juges sont mentionnés avec des notices brèves ou plus longues et le récit de leurs exploits est encadré par des formules qui reviennent souvent selon une logique en quatre étapes (voir par exemple Otniel (3,7-11) :
- Israël s'éloigne de Dieu : Les fils d'Israël firent ce qui est mal aux yeux du Seigneur … Ils abandonnèrent le Seigneur et servirent Baal et Astarté.
- Cette infidélité a pour conséquence : Le Seigneur les livra aux mains de l'ennemi
- Alors ils se souviennent , se repentent et Les fils d'Israël crièrent vers le Seigneur (comme en Egypte au temps de l'esclavage)
- Le Seigneur entend , suscite un juge qui les délivre et L'ennemi fut abaissé et le pays fut en repos pendant x années …

Parmi ces juges , on peut se souvenir de Debora (une femme ) et Baraq (ch.4) qui ont remporté une grande victoire sur les Cananéens ; leur chef en fuite, Siséra, est tué par une femme dans la tente de laquelle il s'était réfugié : le cantique de Débora (Jug.5) ,un beau poème parmi les textes les plus anciens de l'AT, chante cette victoire et évoque avec compassion l'inquiétude dela mère de Siséra.
L'histoire de Gédéon (ch.6-8) est elle aussi mémorable ; il lève une armée de 30 000 hommes mais le Seigneur veut faire comprendre que c'est lui qui combat pour son peuple, il ne faut pas que le peuple puisse dire : " C'est ma main qui m'a sauvé ! ". Aussi le Seigneur donne l'ordre de laisser partir tous ceux qui ont des craintes et il n'en reste que 10 000. Puis il fait opérer une nouvelle sélection selon la manière de puiser l'eau au ruisseau et il ne reste plus que 300 hommes. Gédéon fait irruption de nuit avec cette petite troupe portant des torches et sonnant du chofar, et le Seigneur provoque la panique chez les Madianites beaucoup plus nombreux.
Il faudrait encore parler de Jephté et de son vœu imprudent (ch.10) : revenant vainqueur après avoir vaincu les Ammonites, il doit pour accomplir son vœu sacrifier sa fille sortie la première à sa rencontre.
Le plus connu des héros du livre des Juges est Samson (ch.13-16) qui est d'une force prodigieuse. Epris de Dalila, il finit par lui révéler que le secret de sa force est dans sa longue chevelure de nazir, elle lui rase la tête et il est alors capturé par ses ennemis, enchaîné , les yeux crevés . Ses cheveux commencent à repousser et appelé à divertir les Philistins assemblés pour une fête dans leur temple, il cherche à tâtons les colonnes , les écarte grâce à sa force retrouvée et provoque l'écroulement du temple, il meurt ainsi avec de nombreux Philistins.
Les exploits de Samson n'ont pas suffi à venir à bout de l'oppression philistine et les derniers épisodes du livre des Juges décrivent une période d'anarchie, d'idolâtrie, de violence : on se fait des idoles (ch.17) et on recrute un prêtre pour leur rendre un culte ! Et le chapitre 19 raconte l'abominable histoire d'un lévite accueilli pour la nuit avec sa femme à Guivéa : pendant la nuit les hommes de la ville assiègent la maison et exigent que le propriétaire qui a offert l'hospitalité au couple, leur livre cet homme " pour que nous le connaissions " disent-ils ; le lévite finit par leur abandonner sa femme qui est violée jusqu'au matin et laissée morte sur le seuil. Toutes les tribus sont convoquées pour venger cet acte comme on n'en avait jamais vu depuis que les fils d'Israël sont montés du pays d'Egypte


LE DEBUT DU PREMIER LIVRE DE SAMUEL (CH 1 à 7)

Il y a deux livres de Samuel, le premier raconte l'histoire de Samuel et les débuts de la royauté jusqu'à la mort de Saül et le second est totalement consacré à David. Cette division en deux livres est accidentelle ; les livres anciens étaient écrits sur des rouleaux de parchemin et le texte hébreu de Samuel tenait sur un seul rouleau ; quand il a été traduit en grec le texte a occupé plus de place car le grec a des voyelles alors que l'hébreu ne comporte que des consonnes ; le rouleau a alors été divisé en deux livres et cette division a été adoptée ensuite même par le texte hébreu.
Les sept premiers chapitres évoquent un temps qui se place dans le prolongement de l'époque des juges et présentent le personnage de Samuel.

Samuel, le fils du don ((1S 1,1- 2,21a)
Le récit présente un homme de la montagne d'Ephraïm qui a deux femmes : Peninna qui a des enfants et Anne, sa préférée, qui est stérile. Chaque année Elquana monte en pèlerinage à Silo avec sa famille. Une année où ils sont montés comme d'habitude, Anne est si triste de ne pas avoir d'enfant qu'elle refuse la double part que lui offre son mari, pleure et refuse de manger.
Elle retourne seule au temple et en pleurant fait un vœu au Seigneur (1,11) : Si tu daignes regarder la misère de ta servante, te souvenir de moi … donner à ta servante un garçon, je le donnerai au Seigneur pour tous les jours de sa vie et le rasoir ne passera pas sur sa tête. Elle prolonge sa prière en silence et seules ses lèvres remuent . Eli le prêtre du sanctuaire pense qu'elle est ivre et lui dit d'aller cuver son vin ailleurs. Anne répond qu'elle n'a rien bu et sans révéler sa demande poursuit : Je m'épanchais seulement devant le Seigneur.. C'est l'excès de mes soucis et de mon chagrin qui m'a fait parler. Le prêtre lui répond Va en paix ! Que le Dieu d'Israël t'accorde ce que tu lui as demandé ! Anne comprend peut-être " Dieu t'accorde ce que tu as demandé " car les deux sens, simple souhait ou réponse positive, sont possibles ; elle change de visage, mange enfin ; de retour à la maison, Elqana connaît Anne et le Seigneur se souvient d'elle
Anne enfante un fils qu'elle appelle Samuel et ne monte plus en pèlerinage jusqu'à ce que l'enfant soit sevré. Alors elle monte à Silo pour accomplir son vœu ; elle rappelle à Eli : Je suis la femme qui se tenait près de toi ici même et adressait une prière au Seigneur . C'est pour avoir ce garçon que je priais et le Seigneur m'a accordé la demande que je lui ai demandée. Et moi aussi j'en ai fait un objet de demande pour le Seigneur car lui a été demandé pour le Seigneur. Eli accepte que Samuel reste au temple malgré son jeune âge .
Après avoir offert son enfant à Dieu, Anne chante un cantique de reconnaissance (2,1-10) , un cri d'allégresse, une louange à Dieu qui l' a élevée (fait monter) en la sortant de sa misère de femme stérile ; c'est là la manière d'agir du Seigneur qui élève les humbles et abaisse les puissants. Dans ce chant Anne annonce prophétiquement l'élévation de Samuel, son fils, de David et, plus tard, du roi-messie (10b) , la naissance de Samuel est le signe d'un temps nouveau. Ce cantique a servi de modèle à Luc pour le Magnificat de la Vierge Marie (Luc 1,46-55).
La fin du passage oppose le garçon Samuel qui sert devant le Seigneur , vêtu de l'éphod de lin , et les fils d'Eli qui se conduisent comme des vauriens et prennent de force les meilleurs morceaux des sacrifices . Anne revenait chaque année en pèlerinage à Silo ; le Seigneur la visita et elle enfanta encore trois fils et deux filles.

Anne est une figure lumineuse du livre de la première alliance ; bien qu'elle soit stérile, elle ne s'en prend pas à sa rivale comblée, c'est elle, au contraire, qui est l'objet des vexations de Pennina ; elle n'essaie pas de recourir à des artifices comme prêter sa servante, enivrer son mari, elle s'adresse elle-même au Seigneur alors que dans le reste de l'AT ce sont les hommes qui implorent pour une descendance. Elle prie avec intensité, du fond de son cœur, comme le montre sa prière silencieuse. Et elle demande le don d'un fils pour pouvoir à son tour le donner, Dieu en retour lui donne pour pouvoir recevoir d'elle . On note qu'elle exprime dans son chant toute son allégresse non pas après la naissance mais après avoir offert son enfant au Seigneur et après que le prêtre l'ait accepté, ''au moment où culmine la gratuité réciproque entre le Seigneur et elle'' (A. Wénin). Dieu comble ensuite Anne de nombreux enfants , comme le chante le Psaume 113 Il installe au foyer la femme stérile en joyeuse mère de famille .

Samuel appelé par le Seigneur (1S 2,21b- 3,21) Une première scène est encadrée par deux mentions de la croissance de Samuel, l'une en 2,21b : L'enfant Samuel grandissait devant le Seigneur et l'autre en 2,26 : Et l'enfant Samuel grandissait en taille et en beauté devant Dieu et devant les hommes . En contraste, entre ces bornes, Eli qui a eu des échos de la conduite indigne de ses fils les réprimande sans vraiment les châtier : ils ne l'écoutent pas.
Dans ce contexte nous comprenons qu'un homme de Dieu vienne trouver Eli et lui parlant au nom du Seigneur (2,27-36) lui reproche d'honorer ses fils plus que Moi. Il lui annonce la mort de ses deux fils en un même jour et la fin de sa maison sacerdotale.
Vient ensuite la scène bien connue du triple appel à Samuel qu'il faut relire : 3,1-9. Le narrateur rappelle la situation avant l'appel : Eli ne voit plus bien clair , il n'y a plus de vision en Israël et la parole (de Dieu) était rare en ces jours-là.
La lampe de Dieu n'était pas encore éteinte dans le temple ce qui signifie au sens littéral qu'il fait encore nuit mais aussi symboliquement que, même si les révélations sont rares, Dieu est présent. Samuel est appelé trois fois et il ne comprend pas qui l'appelle car La parole du Seigneur ne s 'était pas encore révélée à lui. Trois fois il croit que c'est le vieil Eli qui l'appelle, ce qui crée une attente inquiète : Dieu appellerait-il en vain? Et enfin Eli comprend de qui vient l'appel et dit à l'enfant ce qu'il doit répondre : Parle, Seigneur, ton serviteur écoute.
Samuel appelé une fois encore répond, sans reprendre cependant le mot " Seigneur " , le narrateur ne nous dit pas pourquoi : je suppose qu'il est trop conscient de sa jeunesse et de son inexpérience pour penser que vraiment YHVH veut lui parler .
Le Seigneur annonce à Samuel qu'il va infliger à Eli et à sa maison un châtiment qui fera tinter les oreilles de quiconque en entendra parler et il annonce la fin de la maison sacerdotale d'Eli.
Au matin Samuel ouvre les portes de la maison du Seigneur matériellement et symboliquement.
On comprend que le jeune Samuel n'ait pas envie de transmettre le message du Seigneur à Eli mais celui-ci le presse de parler et il lui rapporte toutes les paroles sans rien lui cacher. On voit que la charge de prophète est lourde à porter : la première mission de Samuel est d'annoncer au prêtre aux côtés duquel il sert le Seigneur que lui et sa famille sont condamnés .

On peut se demander pourquoi le châtiment qui va frapper la maison d'Eli est raconté deux fois à peu de distance, une fois par un homme de Dieu directement au prêtre puis par le Seigneur à Samuel ; l'explication est que Eli doit authentifier pour cet enfant le message qu'il a reçu et pour le faire Eli a besoin d'un point d'appui : l'oracle que l'homme de Dieu lui a transmis directement lui donne l'assurance que Celui qui a parlé au garçon est bien YHVH. C'est le sens des premiers mots de sa réponse " Le Seigneur, c'est bien lui (qui a parlé) " confirme-t-il à Samuel avant d'ajouter une acceptation de la sentence " Ce qui est bien à ses yeux, qu'il le fasse ".
A propos de la double annonce du châtiment qui va tomber sur les fils d'Eli et sur toute la descendance d'Eli, je voudrais relever un changement d' orientation dans la manière de lire l'Ecriture depuis une vingtaine d'années ; naguère on mettait l'accent sur les différents documents qui sont à la source des livres que nous lisons dans l'AT et on voyait dans le récit qui nous est parvenu une compilation, une juxtaposition de morceaux d'origines diverses avec d'inévitables redites ; les notes de la TOB et de la BJ portent la trace de cette manière de voir ; ainsi la BJ remarque en note au début de 1Sam 2,27 (l'annonce de l'homme de Dieu) : "Cet épisode est une insertion tardive, il fait double emploi avec 3,11-14 (la parole adressée à Samuel) " . les exégètes récents qui se rattachent à ''l'analyse narrative'' pensent que le narrateur qui a mis la dernière main au texte que nous avons sous les yeux était un écrivain attentif à la valeur littéraire de son œuvre , qu'il était aussi conscient que nous des répétitions dans son texte : s'il les a maintenues, elles ont un sens et nous devons le rechercher ; dans le cas ci-dessus la première annonce permet à Eli d'être sûr que c'est bien le Seigneur qui a parlé à Samuel en comparant ce que lui a dit directement l'homme de Dieu et ce que le garçon a entendu et lui a rapporté.

La fin du passage (3,19-21)dit à propos de Samuel (qui n'est plus qualifié d'enfant ou de jeune ) que Tout Israël sut depuis Dan (au nord du pays) jusqu'à Béer-Sheva (à l'extrème sud) que Samuel était accrédité comme prophète du Seigneur et la parole a continué à se révéler à Samuel à Silo. Désormais le Seigneur ''est avec Samuel'' dont il a fait un prophète, le premier de ceux qui vont se succéder jusqu'au retour d'exil.

Le recours à l'arche ne sauve pas Israël ( 4,1b - 7,1)
Le récit se désintéresse soudain de Samuel . Les fils d'Israël partent en guerre contre les Philistins et subissent une lourde défaite. Le peuple décide de faire venir au front depuis Silo l'arche d'alliance: grâce à elle, nous vaincrons les Philistins ! Mais Israël subit une nouvelle défaite plus grave encore : beaucoup de morts, l'arche tombe aux mains de l'ennemi , les deux fils de Eli sont tués. Un messager vient en courant annoncer la défaite à Silo, puis à Eli qui tombe de son siège, se casse la nuque et meurt.
Cette déroute : lourdes pertes militaires, fin de la dynastie des Elides, prise de l'arche, signifie-t-elle que le Seigneur est moins fort que les dieux des Philistins ? Non ! nous dit le récit de manière imagée car l'arche est emportée à Ashdod, une des cinq villes des Philistins, est placée dans le temple de Dagon et fait de nuit tomber l'idole de Dagon, et la nuit suivante lui coupe les mains et les pieds. L'arche transportée à Gath y déclenche une épidémie, transférée à Eqron elle y provoque la panique. Les devins des Philistins décident de la placer sur un chariot tiré par des vaches qui n'ont jamais connu le joug et qui, venant de mettre bas, mugissent après leurs petits veaux ; on laisse les vaches tirer le chariot où elles veulent : normalement elles devraient revenir vers leurs petits mais guidées par le Seigneur elles se dirigent droit vers Beth-Shémesh, la ville d'Israël la plus proche. L'arche, y provoque de nouveau des morts, en terre d'Israël cette fois , on la fait monter ensuite à Quiriat-Yéarim où un homme est choisi et sanctifié pour la garder : l'arche est ainsi respectée, sa sainteté est reconnue et grâce à la sanctification du gardien, l'arche cesse alors de répandre ses maux et elle demeure là des années. Un jour David devenu roi la fera monter à Jérusalem.
Les défaites ne sont donc pas la conséquence d'une infériorité du Dieu d'Israël mais l'arche n'est pas un objet magique qu'il suffit de brandir pour obtenir la victoire. Jérémie dira quelque chose de similaire à propos de ceux qui pensent qu'il suffit d'invoquer le Temple pour être sauvés (Jer 7,3-10).

Samuel, prophète et juge, crie en faveur d'Israël (7, 2 -17)
La cause des malheurs d'Israël est dans ses péchés. Le peuple vit depuis longtemps (voir Juges 13,1) dans l'idolâtrie, l'anarchie, le désordre moral ; les prêtres eux-mêmes, nous l'avons noté, sont corrompus. Le peuple se met enfin à soupirer (7,2) après le Seigneur. Samuel tire parti de ce début de prise de conscience et appelle au repentir (7,3-4) ; les fils d'Israël écartèrent les Baals et les Astartés et ils ne servirent plus que le Seigneur . Samuel convoque alors une assemblée de tout le peuple à Mitspa et là le peuple fait pénitence, ils avouent (7,6) : " Nous avons péché contre le Seigneur ".
Les Philistins apprenant ce rassemblement montent contre Israël qui implore Samuel : Ne reste pas muet ! Crie vers le Seigneur notre Dieu pour qu'il nous sauve… ! Samuel offre un sacrifice et cria vers le Seigneur en faveur d'Israël et le Seigneur lui répondit . Les Philistins sont frappés de panique par Dieu (c'est un trait de la guerre sainte que nous avons déjà rencontré) et s'enfuient en déroute.
On voit que Samuel est le médiateur entre Israël et son Dieu ; la victoire a été obtenue parce que le peuple a écouté le prophète : grâce à sa parole, le peuple a avoué ses fautes et a changé de conduite ; le prophète a pu alors intercéder auprès du Seigneur en faveur du peuple et il a été entendu.
Samuel est aussi un juge nous dit le texte où ce mot revient plusieurs fois ; en 7,6c le verbe juger résume l'action de Samuel qui juge ''c'est à dire restaure l'ordre troublé des relations entre Israël et son Dieu'' (A.Wénin) . Le verbe revient encore à la fin du chapitre Samuel jugea Israël tous les jours de sa vie (7,15) cette fois au sens de gouverner ou administrer : le juge Samuel maintient l'ordre et la paix dans le pays qu'il parcourt de ville en ville.
Prophète dans la ligne de Moïse et de Josué, Samuel est aussi le dernier des juges, il met un terme à cette période de l'histoire d'Israël avant de participer à l'ouverture d'une nouvelle ère : la royauté.



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