Discours prononcé par Jean-Marie Coste-Floret
pour la messe d’Action de Grâce du Père Michel Aupetit


Vendredi 16 juin 2006

Lorsqu’il m’a été demandé de dire quelques mots au nom de tous vos paroissiens pour vous exprimer notre profonde gratitude pour l’œuvre accomplie durant cinq ans à la tête de notre jeune paroisse, alors ma première interrogation a été de m’interroger sur la meilleure façon de m’adresser à vous.

Cher Père (C’était le plus évident, le plus naturel mais un peu impersonnel dans ces circonstances.), Monseigneur (C’est d’actualité mais pire que le précédent), Docteur (Ce n’était pas mal ; vous êtes Docteur en médecine nous y reviendrons et presque Docteur en théologie puisque vous êtes déjà bachelier)?

Le choix n’est pas simple car chacune de ces apostrophes possibles recèle une part de vérité mais ne permet pas de tout dire. Toutefois contraint à un choix j’ai considéré que l’Eglise était une grande famille et donc finalement opté pour la plus familiale et la plus amicale des appellations pour évoquer votre trop court passage parmi nous.

Cher Michel,

Docteur en médecine vous êtes. Nul ne pourrait l’ignorer tant vous aimez parler de votre métier et user de métaphores médicales.

Mais je vous rassure, c’est normal, ne changez rien.

Ce métier a été votre première vocation, car c’est bien d’une vocation qu’il s’agit et vous l’avez très manifestement exercé avec passion, compétence et disponibilité.

Médecin vous étiez, médecin vous êtes, médecin vous resterez notamment dans votre action à l’égard des plus démunis ou encore dans vos cours de bioéthique qui font le lien entre la science et la foi, entre votre métier et votre sacerdoce.

Vous avez donc exercé pendant douze ans, médecin du corps et de l’esprit, car chacun sait qu’un médecin reçoit, perçoit et s’efforce de soulager beaucoup d’état d’âme.

L’âme déjà ! et déjà vous étiez au service de vos patients. Déjà vous ne comptiez pas votre temps ; une vocation vous dis-je, qui en cachait une autre.

Vous avez donc poursuivi votre mission un peu moins du côté physiologique, un peu plus du côté théologique, mais toujours à l’écoute de vos frères et sœurs en humanité.

Car prêtre vous avez accepté de devenir répondant à un appel personnel que vous avez entendu et dont vous nous avez si souvent parlé avec une joie profonde, marque de la force de votre engagement.

Pourtant en matière de vœux ou de serment, tout n’avait pas si bien commencé. Car étant réputé avoir prêté en premier lieu le serment d’Hippocrate vous avez déclaré « jurer par Apollon médecin, par Esculape, Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses ».

Pour un futur prêtre c’est évidemment un peu dérangeant. Remarquez, le bon Hippocrate qui a vécu entre le cinquième et le quatrième siècle avant Jésus-Christ, n’a donc pas connu le sus-nommé et mérite notre indulgence.

Mais au-delà de cet abord un peu taquin, on notera que le serment d’Hippocrate contient des formules beaucoup plus saisissantes et en rapport avec votre ministère qui s’annonçait. Transposons un peu ; Hippocrate nous parle dans son fameux serment de son maître en médecine ; imaginons que ce maître soit notre prochain que Jésus nous recommande d’aimer comme nous-même et autant que possible à l’image de Dieu.

Que dit Hippocrate ?
« Mon maître en médecine (entendez donc mon prochain) je le mettrai au même rang que mes parents. Je partagerai mon avoir avec lui et s’il le faut je pourvoirai à ses besoins. Je considérerai ses enfants comme mes frères et s’ils veulent étudier la médecine (entendez les Ecritures) je le leur enseignerai sans salaire ni engagement. Je transmettrai les préceptes, les explications et les autres parties de l’enseignement aux enfants de mon maître… »
« Dans toute la mesure de mes forces et de mes connaissances, je conseillerai aux malades
(entendez aux hommes) le régime capable de les soulager et j’écarterai d’eux tout ce qui peut leur être contraire ou nuisible… »

J’aurai pu continuer un parallèle qui ne s’arrête pas là, notamment lorsque Hippocrate, défenseur de la vie, prête résolument serment contre toute pratique abortive ; mais il est déjà clair que la comparaison montre combien vos deux engagements successifs sont proches au regard du service du prochain et de la défense de la vie.

On dit d’ailleurs parfois de certains métiers et notamment de celui de médecin qu’ils sont un véritable sacerdoce. Vous n’avez fait que mettre en pratique cette formule non pas au figuré mais au propre.

Mais votre personnalité ne s’arrête pas là. Il faut évoquer ici de surcroît vos goûts et talents artistiques et agrestes.

Jardinier, vous avez fleuri la terrasse de cette église et même très évangéliquement planté une vigne si symbolique.

Sculpteur vous avez embelli notre église de certaines de vos œuvres et de celles d’autres artistes.

Musicien, vous resterez pour beaucoup d’entre nous et notamment les jeunes du catéchisme le prêtre à la guitare. Votre culture musicale apparaît assez encyclopédique et si vous n’avez jamais caché votre penchant pour Georges Brassens, je peux témoigner vous avoir entendu fredonner des chansons de Charles Aznavour, Johnny Hallyday, France Gall, Michel Delpech, Elvis Presley, Jacques Brel, Jacques Dutronc, Léo Ferré, et bien d’autres encore, de l’opérette (Vous êtes très bien dans le pays du sourire et dans le répertoire de Luis Mariano). Sans oublier le Père Duval (La calotte chantante quelque peu malmené par le sus-nommé Georges Brassens) et même sœur Sourire.

Surtout ne changez rien, c’est comme cela que nous vous aimons.

Inutile de souligner plus longuement votre éclectisme culturel car vous croulez sous les livres, des plus sérieux jusqu’à votre goût que vous partagez d’ailleurs avec votre prédécesseur à la tête de cette paroisse, Emmanuel Schwab, de la bande dessinée.

La bande dessinée préférée d’Emmanuel Schwab était Léonard et son génie, j’ignore qu’elle est la vôtre, mais je sais que vous connaissez vos classiques Tintin, Astérix, Lucky Luke et compagnie…

Non vraiment ne changez rien et en tout cas pas cette curiosité et cette ouverture d’esprit dont vous nous avez aussi enrichi.

Durant tout votre ministère dans cette paroisse vous avez été à l’écoute de chacun et de tous, vous nous avez enseigné avec clarté, foi et ardeur, vous nous avez soutenu dans nos doutes et nos égarements.

Vous avez fait vivre cette paroisse, vous l’avez animée, vous avez contribué à son développement.

Merci pour tout, pour votre foi, pour votre accueil, pour votre présence, pour votre chaleur, pour votre joie communicative. Vous nous quittez pour une nouvelle mission dans laquelle nos prières vous accompagneront.

Soyez sûrs de notre profonde reconnaissance et du succès de votre ministère qui laissera sa marque dans nos cœurs.

Merci Michel, ta paroisse te remercie.