Une charité devenue châtiment ?

         En écoutant l’évangile de ce dimanche, on ne peut ne pas être choqué du traitement qui est finalement réservé à cet homme à qui on reproche de n’avoir pas l’habit de noce. Il n’a pourtant pas demandé à être invité. Il s’occupait paisiblement de ses affaires. Lui au moins a été poli en répondant positivement à « l’invitation-rattrapage » de ce maître. Lui a-t-on donné le temps de faire un tour aux Galeries Lafayette ou aux Champs-Élysées pour se prendre un costume Éden-Park ou Versace ? En tout cas, le châtiment nous semble pour le moins disproportionné : «Jetez-le, pieds et poings liés, dehors dans les ténèbres ; là il y aura des pleurs et des grincements de dents ». À pousser trop loin, la leçon qu’on tirerait de cet évangile risque d’être de refuser systématiquement les invitations des autres.

        Mais au-delà de l’exagération, il me semble que ce qui est important à retenir ici, c’est l’urgence de l’appel de Dieu auquel il faut répondre coûte que coûte. Et dès qu’on y a répondu, plus besoin de demander un sursis ou un délai pour s’ajuster aux exigences de l’appel : « qui met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas digne de moi ! » Il ne suffit donc pas d’être dans la bonne ambiance des appelés, c’est-à-dire dans une Église qu’on dit prestigieuse et bien organisée. Il s’agit de prendre au sérieux l’appel reçu de Dieu. Et dès qu’on a accepté de répondre présent à l’invitation, il faut aller jusqu’au bout en se mettant dans les exigences de la fête.

        « Certes, la multitude des hommes est appelée, mais les élus sont peu nombreux.» Remarquons ici que cette restriction ne vient pas de Dieu. Il revient à l’homme de se maintenir dans le groupe des élus. Cet appel ne souffre pas de demi-mesure, il exige une mobilisation totale de toutes les dimensions de notre personne. Avec Dieu, c’est objectif 100% !
Père André Yves SAMEKOMBA

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