VIVRE DE DIEU

         La célébration de l’Eucharistie est pour un prêtre le cœur de son action, de sa prière, de son apostolat et de sa vie. En célébrant l’Eucharistie, la Messe, tout est dit et tout est fait, car ce n’est pas une idée personnelle que l’on communique, ce n’est pas un savoir que l’on dispense, ce n’est pas une compétence personnelle que l’on met au service des autres, c’est le Seigneur lui-même qui vient au cours de l’action liturgique que nous célébrons et que l’on donne, après l’avoir soi-même reçu. En ce sens être prêtre est certainement la plus haute mission que l’humanité puisse recevoir, et la plus humble aussi, car le rôle du prêtre est de disparaître derrière le Seigneur.

        Peut-être est-ce la raison pour laquelle nous manquons de prêtres. Le problème n’est pas tant le célibat ou la pauvreté, le problème réside dans le fait que nul ne veut plus disparaître derrière qui que ce soit, ou servir qui que ce soit. Le désir actuel est de s’affirmer, d’exister, de prouver, de créer, de construire, voire de s’imposer ou de briller, bref de vivre par soi-même. Alors que le Seigneur nous dit dans l’Évangile de ce dimanche que « de même que le Père, qui est vivant, m'a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi. » Célébrer l’Eucharistie, c’est disparaître pour ne plus vivre que de Dieu et Dieu dans l’apparence pauvre et déroutante du pain et du vin. En cette fête du Corps et du Sang du Seigneur, prions pour les vocations sacerdotales, pour que nous ayons toujours des hommes qui donnent leur vie pour disparaître derrière un morceau de pain et rappeler à tout chrétien que la plus belle, la plus haute et la plus utile action est de célébrer, en Église, l’Eucharistie grâce à laquelle nous pouvons vivre non plus par nous-mêmes, vers la mort, mais par Lui, vers la Vie.
Père Pierre Vivarès