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Ce temps de l’avent me fait penser à un conte
entendu il y a des années et que je transcris librement. L’histoire se passe dans une profonde vallée des Alpes. Au creux de cette vallée se nichait un village, pareil à tant d’autres villages. Une différence cependant : ce village était dominé par une immense falaise rocheuse et cette falaise se terminait par un visage ; un très beau visage d’homme gravé dans le roc par la nature. Les habitants de la vallée l’appelaient : « l’homme de la montagne ». Une légende se transmettait de génération en génération : un jour l’homme de la montagne viendrait ; il descendrait vivre au village et tout le monde alors serait heureux. Vint à naître un enfant. Il entendit la légende et une passion s’éveilla en lui pour le visage d’en haut. Chaque matin, ouvrant ses volets, il regardait l’homme sortir des ombres de la nuit. Il prit l’habitude de lui parler : « Que tu es beau…. Viens vite, descends, que nous soyons heureux ». Le soir venu, il contemplait la face admirable resplendissante des dernières lumières du couchant. Il y avait les jours de brouillard et les jours de neige. L’Enfant ne le voyait plus. Il y avait aussi chez l’Enfant le temps du cœur froid, du regard brouillé. Mais il y avait le frémissement léger du printemps, les nostalgies dorées de l’automne, les cristaux de l’hiver…. Jamais il n’y avait le temps de l’oubli. L’Enfant grandissait, le cœur toujours tourné vers l’homme de la montagne. Mais, celui-ci ne venait pas. Devenu adulte, cet enfant était très présent parmi les villageois, apaisant les querelles, faisant fleurir le village, visitant souffrances et solitudes, organisant veillées et fêtes. Et tout doucement, une secrète harmonie transforma la vie. Les années passèrent et l’homme ne venait toujours pas ! Jusqu’au jour où quelqu’un se mit à murmurer : « avez-vous vu l’Enfant… regardez l’Enfant, regardez-le bien…. Et dites –moi à qui il ressemble. » C’était lui, l’Enfant qui était l’homme de la montagne. Père Christian Clavé
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