LA VIE, UNE HISTOIRE QUI SE DIT…

         L’être humain, être de relations par excellence, s’épanouit dans la socialisation, dans la rencontre de l’autre. L’atomisation serait alors ce risque d’aller contre notre nature et de nous enfermer en nous-mêmes, face à une immense solitude. La solitude est une des lèpres de notre société. Tellement de gens en souffrent. Les lépreux de l’évangile nous le rappellent. Ils sont laids, mal dans leur peau, mal dans leur cœur. La société les a mis à l’écart. Ils sont isolés par peur de la contagion. Ils étaient les exclus d’hier. Mais chaque génération produit ses propres lépreux.

        Il y a une quinzaine d’années, lorsque nous ne comprenions pas encore le sida, beaucoup de gens craignaient d’approcher les personnes atteintes de ce mal, tout simplement par crainte de l’attraper. Et aujourd’hui, dans une société prônant l’individualisme, nous sommes confrontés à la réalité de la solitude. Lorsque la maladie ou le deuil nous frappe, nous en faisons l’expérience. Certains nous accompagnent dans cette traversée alors que tant d’autres s’éloignent de nous par peur : peur de ne pas savoir quoi dire alors qu’il suffit simplement d’être là et d’écouter même un silence, peur d’être confronté à sa propre souffrance ou sa propre mort. Une peur qui paralyse la relation au point d’enfermer la personne souffrante dans la solitude. Mais cette peur peut également exister chez cette dernière qui ne souhaite pas partager ses maux, qui se sent incapable de mettre des mots sur ce qui la tourmente. Cette fois, c’est nous qui coupons la relation. Nous n’avons plus la force de nous raconter. Or toute vie est une histoire et l’histoire ne peut exister que si elle se dit.
Père Christian CLAVÉ