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" À BOIRE "
Tout le monde se souvient de cet homme, déformé, défiguré, moqué, qui demande à boire sur son gibet. Dans la foule, surgit une femme, une paria notoire, une bohémienne elle aussi rejetée et qui, surmontant la vindicte populaire, va abreuver le malheureux. Quasimodo, le "sous-homme" et Esmeralda, la gitane, se rejoignent et se reconnaissent dans cette étincelle d'humanité où l'on peut contempler dans l'homme l'image du Dieu miséricordieux. Longtemps auparavant, un passant assoiffé demandait aussi un peu d'eau à une "étrangère" exclue de sa propre communauté. Ce dialogue inouï révéla la vraie soif cachée de l'humanité que Dieu seul peut étancher : "Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit "donne-moi à boire", c'est toi qui lui aurais demandé et il t'aurait donné de l'eau vive". Cette soif inextinguible, on peut la nier pour échapper à la souffrance de son inaccessibilité. C'est le chemin du Bouddha qui conduit au Nirvâna où tout désir est annihilé. Plus de soif (tanhâ) plus de souffrance (dukkha). On peut aussi boire d'autres breuvages, un instant savoureux, mais qui n'apportent pas la satiété. L'homme contemporain s'y perd sans apaiser sa soif. Il est possible, enfin, de trouver la plénitude en entendant l'homme-Dieu crier du haut de sa croix cet appel à l'amour infini : "J'ai soif". Père Michel AUPETIT
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